Le Trésor du breton écrit Teñzor ar brezhoneg skrivet
Ce blog propose l'ensemble des chroniques "Trésor du breton écrit" publiées dans Ouest-France Dimanche de 2016 à 2025. Il est augmenté deux fois par mois par d'autres chroniques publiées seulement sur le web. Vous y trouverez les textes intégrals et leurs traductions ainsi que des éléments de bibliographie et des liens internet pour en savoir plus. Amzer ar brezhoneg skrivet a ya eus ar bloaz 800 betek vremañ. Kavout a reoc'h amañ ar pennadoù en o hed hag o zroidigezh ha war an dro un tamm levrlennadurezh hag al liammoù internet da vont pelloc'h ganti ma peus c'hoant.

1902 : Hyacinthe Kernilis le bigouden incollable sur l’élevage des abeilles

François Vallée, surnommé Tad ar Brezhoneg (Le père du breton) ne tarit pas d’éloge sur Hyacinthe Kernilis, jeune cultivateur au Kosker-Kernuz à Pont l’Abbé. Nous sommes en 1902. Il vient de lui décerner le premier prix d’un concours d’écriture en breton sur le thème Sevel ar gwenan (élever les abeilles). « Ul labour dreist d’ar re all dre ar vent anezhañ (100 pajenn) hag ivez dre ouiziegezh an oberour » ( Un travail supérieur aux autres par son ampleur (près de 100 pages) et surtout par l’expertise de son auteur). Ur skrid mat-mat (Un écrit bien-bien) affirme le directeur du journal Kroaz ar Vretoned (La croix des Bretons), une référence absolue dans le Landerneau littéraire bretonnant..

Hyacinthe Kernilis possèfe sur le bout des doigts le langage technique du métier : Ar re o defe c’hoant da welet gwenan yaouank o vont da vale evit ar wech kentañ, n’o deus nemet mont dirak ur goloenn kreñv a wenan, dre un devezh tomm eus an hañv, etre kreisteiz ha div eur. Gwelet a refont a-barzh pell gwenan kalz gwennoc’h eget ar re-all, pere o tont er-maez eus o loch, a stag da dreiñ ha da zistreiñ war ar pont kent en em zevel en aer. Goude ma ‘z int savet diwar ar blankoù-nij, e kendalc’hont atav da ober troioù a-zioc’h o c’holoenn, en eur zerc’hel bepred o fenn troet war-zu enni. Ar gwenan-se, pere a ro kement a jestroù, eo ar gwenan yaouank o vont da vale : hag an troioù-se a reont a zo evit anavezout o zi en distro eus beaj.

(Ceux qui souhaitent voir les jeunes abeilles partir pour la première fois, ils n’ont qu’à se rendre devant une ruche, lors d’une chaude journée d’été, entre midi et deux heures. Ils verront alors des abeilles plus blanches que les autres, qui sortent de leur ruche, qui commencent à faire des va et vient sur la planche d’envol. Dès qu’elles ont décollé ellex continuent à tourner autour de la ruche, en la mémorisant. Ces abeilles qui font tellement de gestes sont les jeunes qui partent pour la première fois afin de bien savoir où se trouvent leurs maisons lors de leur retour).

Chaque détail de la vie des abeilles est ainsi décrit avec une précision remarquable digne des meilleurs traités sur la question et surtout un vocabulaire extraordinaire qui montre la richesse de la langue des paysans en ce début de siècle ou le gouvernement entame une guerre totale contre l’utilisation du breton dans les écoles et dans les églises.
« Ur vamm gwenan evit bezañ mat he doare, a rank bezañ tostaet ouzh ar par en amzer ma oa dleet. Ma tegouezh amzer fall evit miret outi da vont er-maez pe a-hent-all ma n’eus ket a bared, evel d’an nevez amzer ha d’an diskar amzer, ar rouanez yaouank neuze a rank gortoz ; hogen n’hell ket hen ober re bell, rak, tremenet ur miz pe war dro goude he ganedigezh, ar par na c’hell ket kaout perzh warni hag ar vamm-wenan neuze a vez anveet « disec’h » pe « sec’henn ». 

( Une mère-abeille (reine) pour qu’elle accomplisse son rôle, doit rencontrer le mâle au bon moment. Si le temps devient mauvais et l’empêche de sortir ou si elle ne trouve pas de mâle au printemps ou à l’automne, alors elle doit attendre. Mais celà ne peut durer longtemps car un mois environ après sa naissance, c’est trop tard pour l’accouplement et la mère-abeille est alors considéré comme asséchée ou sèche.)
Hyacinthe Kernilis signe quelques poêmes de bonne facture dans l’esprit du temps il célèbre son beau pays de Basse-Bretagne :
Ar ouenn greñv-se a dreuz ar c’hantvejoù
‘Deus miret dit gant o c’hizioù
Yezh o c’hentadoù, Kelted an arvor
Yac’h ha buhek, gant o enor
A laka ken skedus da vanniel
Ha da Erminig, O ma Breizh-Izel !

( Cette race solide à travers les siècles
A gardé ses coutumes
Et la langue de ses ancêtres, les Celtes de l’Arvor
Avec vitalité, mettent à l’honneur
Et font briller ton drapeau
et ton Hermine, O Ma Basse-Bretagne !)

Hyacinthe Kernilis se marie en 1909 à trente ans. Il aura 11 enfants de sa femme Marie Le Bleiz de Plobannalec. Mobilisé en 14-18, il écrit un ultime poême Divarvelezh (éternité).
Il survécut à la guerre et se consacra ensuite à sa famille et à son travail de la terre avant de décéder en 1956.

 

Pennad orin / Texte original

Divarvelezh !
(D'am "dousig", d'am bugale, d'am c'herent)
War don : Petra 'zo nevez e Kêr Is)

Dre un nosvezh kaer a viz Mae
Petra, Eostig koant rafes-te
Nemet kanañ ar garantez,
Mammenn vurzhudus ar vuhez ?

Da galon gant an nevez-amzer
'Verv gant huñvreoù ken seder
Ma sav sklaer, nerzhus da sonig
Kleo koulskoude : kan goustadik.

Perak telenner didrec'hus
E kanez-te tonioù joaius ? 
Selaou Eostig ! O Selaou mat,
Selaou trouz spontus an argad !

'Glevez ket, evel kurunoù
Mouezh vras skrijus ar c'hanolioù
Strakadeg ar poultr 'daol an tan
'Kreiz an dispac'h eus an emgann ?

Perak stignez-te da delenn
Pa red ar gwad war an dachenn ?
Perak sonioù a levenez
P'emañ 'r Marv trec'h d'ar Vuhez ?

War an talbenn an Ankou dall
A falc'h siwazh gwazed Bro-C'hall
'Kreiz un hirvoud hag ur glac'har
Ne welas biskoazh an douar !

Eus kreiz ar c'halonoù frailhet
Pep karantez 'zo diframmet ;
Daeroù bugale, priejoù,
En em vesk gant re ar mammoù.

(...)
Eostig Kuz

 

 

 

 

Troidigezh / Traduction

Eternité
( Á ma "douce", à mes enfants, à mes parents)
Sur l'air " Petra zo nevez e kêr Is).

Par une belle nuit de mai
Que ferais tu beau rossignol
Sinon chanter l'amour
Source merveilleuse de la vie ?

Ton coeur au printemps
Bouillonne de rêves placides
Et ton chant vif s'élève
Écoute pourtant : chante doucement.

Pourquoi toi harpiste invincible
Chantes tu toujours des chants joyeux
Écoute rossignol ! Oh écoute bien
Écoute le bruit épouvantable des combats.

N'entends-tu pas, comme du tonnerre
La voix forte des canons qui fait frémir
Les éclats de la poudre qui jettent le feu
Au milieu de la mêlée dans la bataille.

Pourquoi tends-tu les cordes de ta harpe
Quand le sang coule sur le terrain ?
Pourquoi des chants joyeux
Quand la Mort triomphe de la Vie ?

Sur le front l'Ankou aveugle
Fauche hélas les soldats de France
Au milieu des gémissements et des pleurs
Qu'on n'a jamais vu sur terre

Au fond des coeurs brisés
L'Amour est sacrifié
Les pleurs des enfants et des femmes
Se mêlent aux pleurs des mères.

Eostig kuzh (Le Rossignol caché).

Gouzout Muioc’h / Pour aller plus loin

Hyacinthe Kernilis Oberoù / oeuvres

Kentelioù war ar gwenan, in Kroaz ar Vretoned, 1903 , N° 283-293 ...
Kaerder va bro, in Ar Vro, N°21, 1905, p 246
Kontadenn Nedeleg evit Ar Vro (Nedeleg 1905)
Breizadez bepred, in Ar Vro, N°4, 1907, P.57
Divarvelez, in Kroaz ar Vretoned, N°116, 1915, p.2

Pennadoù diwar-benn Hyacinthe Kernilis

Hyacinthe Kernilis, in An Oaled, N°52, 1935, p.175
Lukian Raoul, Hyacinthe Kerniliz, in Geriadur ar skrivagnerien ha Yezhourien, Al Liamm, 1992, P.169.