Le Trésor du breton écrit Teñzor ar brezhoneg skrivet
Ce blog s'inscrit en complément de la Chronique Brezhoneg : trésor du breton écrit publiée dans Ouest-France dimanche. Vous y trouverez les textes intégrals et leurs traductions ainsi que des éléments de bibliographie et des liens internet pour en savoir plus. Amzer ar brezhoneg skrivet a ya eus ar bloaz 800 betek vremañ. Kavout a reoc'h amañ ar pennadoù en o hed hag o zroidigezh ha war an dro un tamm levrlennadurezh hag al liammoù internet da vont pelloc'h ganti ma peus c'hoant.

L’école obligatoire et le breton : Le consensus des années 1880 sur une éducation bilingue.

Votée en mars1882, appliquée en octobre, la loi sur l’enseignement primaire obligatoire précipite un nombre important de jeunes instituteurs dans des classes souvent surchargées avec une diccultées supplémentaires : quasiment tous les élèves de Basse-Bretagne ne connaissent que le breton. 

S’il y a consensus pour apprendre le français c’est dans la perspective de devenir bilingue comme le précise le républicain F.M. Luzel : Dalc’hit-mat bepred da yezh kozh ho tadoù ; hogen deskit ivez ar galleg, dre ma ’z eo mat gouzout ouspenn ur yezh : ur Breton hag a oufeo e yezh hag hini re C’hall, a vezo gouiziekoc’h eget ur Gall ha na oufeo nemet e yezh. (Gardez bien toujours la vieille langue de vos pères ; mais apprenez aussi le français parce que c’est bien d’apprendre plus d’une langue. Un Breton qui connait sa langue et le français sera plus savant qu’un Français monolingue).

Ce point de vue est partagé par un paysan du pays de Quimper qui écrit dans le journal républicain « Le Finistère » : Ar brezhoneg eo yezh hon tadoù kozh hag a garomp hag a garfomp betek ar marv. Ar pezh vez laret dimp e brezhoneg a selaouomp hag a intentomp gwelloc’h. Koulskoude e kredomp ez eo mat ha ret zoken d’an holl war ar maez gouzout ar galleg evel e kêr heb ankounac’haat ar brezhoneg. (Le breton est la langue de nos ancêtres, nous l’aimons et l’aimerons jusqu’à la mort. Ce qu’on nous dit en breton nous le comprenons mieux. Cependant nous croyons qu’ il est bon et nécessaire qu’à la campagne nous sachions le français comme à la ville, sans abandonner le breton.

La méthode pour apprendre le français par le breton existe. Elle a été mise au point par le Frère Constantius de Landivisiau : « Elle se sert de ce que l’enfant sait déjà pour lui faire comprendre ce qu’il ne sait pas encore. L’enfant aura appris un mot français avec sa prononciation exacte, un mot dont il connait la valeur. »

Elle est complétée par un manuel du maître qui compare la grammaire du français et du breton :  Gwall zister eo displegadur ar verboù e galleg pa n’ez eus nemet ur ger gallek hebken « Je suis » evit lavavaret « me a zo »,  « on », « emaon », « e vezan ». (En français il n’y a qu’une façon de dire « Je suis » alors qu’en breton nous avons « me a zo », « on », « emaon » » e vezan».

Ce consensus autour d’un bilinguisme raisonné volera en éclat dès la fin du XIXème siècle.

 

Pennad orin / Texte original

Troidigezh / Traduction

Gouzout Muioc’h / Pour aller plus loin

François-Marie Luzel : Almanak Breiz izel, 1872, 
Fañch Talhouarn, Lettre bretonne, in Le Finistère, 3 Février 1883
Frer Contantius, Kenteliou brezounek troet e Gallek, Vannes, 1900
Malo Morvan, Les Kentelioù Brezounek du Frère Constantius (Jean-Marie Apprioual)
Tanguy Le Jeune, Rudiment du Finistère, 1800
Alexandre Guyot-Jomard, Manuel breton-français, 1867
J-M Toullec, Manuel breton français à l'usage des écoles primaires, Morlaix, 1865