Le Trésor du breton écrit Teñzor ar brezhoneg skrivet
Ce blog s'inscrit en complément de la Chronique Brezhoneg : trésor du breton écrit publiée dans Ouest-France dimanche. Vous y trouverez les textes intégrals et leurs traductions ainsi que des éléments de bibliographie et des liens internet pour en savoir plus. Amzer ar brezhoneg skrivet a ya eus ar bloaz 800 betek vremañ. Kavout a reoc'h amañ ar pennadoù en o hed hag o zroidigezh ha war an dro un tamm levrlennadurezh hag al liammoù internet da vont pelloc'h ganti ma peus c'hoant.

1900 : La première chronique bretonne du quotidien L’Ouest-Éclair

Voici la centième chronique bilingue Teñzor ar brezhoneg skrivet ! Ces pépites du breton, écrites à travers les siècles témoignent de la richesse de notre langue. Cette chronique bretonne a une histoire. Elle commence le 14 janvier 1900, six mois après le lancement à Rennes du quotidien L’Ouest-Éclair.
Désireux de s’implanter en Basse-Bretagne, le journal doit tenir compte d’une réalité : le breton est parlé par 1 322 000 personnes. Le quotidien explique : « Il importe de sauvegarder et de développer la belle langue bretonne que nos ancêtres nous ont transmise ».

à lire dans Dimanche Ouest-France du 16 décembre 2018

Pennad orin / Texte original

War hent ar Fouenant

Amañ eo ret din kontañ un tammik digouezadenn a c'hoarvezas ganeomp war hent ar Fouenant, en tu all da vourc'h Ar Forest.
En un draonienn c'hlas ha don, war vord an hent bras e oa div pe deir lochennig plouz, ha dirazo e c'hoarie teir blac'hig vihan a zek vloaz bennak, gante gwiskamant ken brav Rosporden a lak ar merc'hedigoù heñvel ouzh ar barbelligoù, ouzh gwenan lirzhin, pe welloc'h ouzh aelez eus an neñv. 'Vel ma oa tenn ar grec'henn a oa eno da sevel, e tiskenjomp hag e kerzechomp en ur vouta hon c'hezek diragomp. Ken koant e oa an teir blac'h vihan ma chomchomp en hon sav da gaozeal ganto ur pennadik. Unan anezho a zeuas da droidellat en dro deomp gant bokidi bleunioù-mae en he dorn, hag e lavaras din :
-  Sell Aotrou, ma kerez e po ar fleur mañ da gas ganit.
-  Ya, ma merc'hig, deus amañ da reiñ ane'e din
- O ! Na dostain ket dit, rak te a welan a zeu deus a-bell, mes me lakeo ane'e war an hent bras, hag e teui d'o c'herc'hat eno.

Ar plac'hig a lakeas ar fleur war an hent, mes dre ma tostaen e tec'he pelloc'h 'vel he dije aon
- Deus amañ bremañ ha me roio ur pok bihan dit evit da boan.
- O ! nann, na dostain ket. Ur wech all pa dremeni 
- Na dremenin ken, plac'h vihan, me zeu eus a-bell ha da bell ec'h an.
- Nann, nann n'eus forzh, te zistroio amañ war da giz d'am gweled, ha neuze e vin bras !

Chom a ris souezhet, ha Lajat ivez o kleved ar plac'h vihan-se a zek vloaz-se o komz evel-henn. Ma kemeris ar bokedig, hag hen stagis d'am chupenn, gant ar soñj da vired anezhañ en eñvor da blac'hig vihan Ar Forest

François Jaffrennou in Ouest-Éclair 7 a viz Mae 1900 : Colonne bretonne, Un droiad e Kerne.

Troidigezh / Traduction

Sur le chemin de Fouesnant

Ici il faut que je vous raconte une rencontre que nous fimes sur la route de Fouesnant, l'autre côté du bourg de La Forêt.

Dans une vallée verte et profonde, sur le bord de la grand route il y avait deux ou trois chaumières. Devant elles jouaient trois petites filles d'une dizaine d'année, habillées à la mode de Rosporden. Des habits si beaux qu'elles ressemblaient à des papillons, des abeilles joyeuses ou mieux encore à des anges du ciel. Comme la montée était dure nous descendîmes de nos vélos et nous les poussions devant nous. Les trois filles étaient ci jolies que nous nous arrètames pour discuter un peu. Une d'entre elle nous tourna autour avec des fleurs de mai dans la main.

- Tenez, monsieur, si vous voulez vous pouvez prendre ces fleurs
- Bien sur ma fille, viens me les donner
- O! Je ne m'approcherai pas, parce que tu viens de loin, je les mettrai sur la grand-route et tu viendras les prendre.

La petite fille mis les fleurs sur la route, mais comme j'approchais elle s'éloignait comme si elle avait peur.
- Viens ici donc que je donne un petit baiser pour ta peine.
- O ! non, je ne m'approcherai pas, une autre fois quand tu passeras.
- Je ne passerai plus, petite fille, j'habite loin d'ici et je m'en vais loin.
- Non, non, celà n'a pas d'importance, tu reviendras me voir plus tard, et alors je serai grande !

Je restais étonnés et Lajat aussi en entendant cette jeune fille de dix ans parler ainsi. Je pris le bouquet et je le l'accrochai à ma veste, avec l'idée de le garder en souvenir de la petite fille de Fouesnant.

François Jaffrennou in Ouest-Éclair 7 a viz Mae 1900 : Colonne bretonne, Un droiad e Kerne. (Un tour en Cornouaille)

Gouzout Muioc’h / Pour aller plus loin

Jaffrennou (François) Eun dro en bro Gerne-Izel, in Ouest-Éclair du 14 janvier 1900 :https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6387713/f1.item