Le Trésor du breton écrit Teñzor ar brezhoneg skrivet
Ce blog s'inscrit en complément de la Chronique Brezhoneg : trésor du breton écrit publiée dans Ouest-France dimanche. Vous y trouverez les textes intégrals et leurs traductions ainsi que des éléments de bibliographie et des liens internet pour en savoir plus. Amzer ar brezhoneg skrivet a ya eus ar bloaz 800 betek vremañ. Kavout a reoc'h amañ ar pennadoù en o hed hag o zroidigezh ha war an dro un tamm levrlennadurezh hag al liammoù internet da vont pelloc'h ganti ma peus c'hoant.

1829 : création du « facteur rural » : paotr al lizheroù

En 1829, le roi Charles X crée 5000 emplois de « facteur rural » paotr al lizheroù et fait mettre 35000 boîtes aux lettres, une dans chaque commune de France. Le vocabulaire de la poste est déjà connu des bretonnants puisqu’on le trouve dès 1612 :  Digeriñ ha disklozañ lizheroù un arall(Ouvrir et décacheter les lettres des autres) est considéré comme un péché par l’église. Le relais de poste (ar post) et ses roñsed-post(chevaux de poste) font partie du paysage. En 1653, le Breton Renouard de Villayer invente la boîte à lettres (boest-lizhiri).

Le premier janvier 1849, le service des Postes se modernise et invente le timbre. C’est une petite révolution car c’est celui qui envoie la lettre qui paye l’affranchissement et non celui qui la reçoit. Cette nouvelle façon de faire a du mal à s’imposer comme le confirme la lettre d’un conscrit de Plozevet en 1850 : À Dieu va breur kaezh, tach da zigas respont din kentañ ma helli.  Afranchiañ din ma lizher. (Adieu mon pauvre frère, essaye de me répondre le plus tôt possible. Affranchis-moi la lettre).
Le métier est ingrat puisque le facteur est payé au kilomètre. Une chanson populaire le met en avant :Dre an erc’h e rankan pourmen, Dre ar glav, an avel kriz, dre an tommder, ar yenienn, dre ar boultrenn, dre ar pri (Je dois marcher sous la neige, sous la pluie, sous le vent mauvais, sous la chaleur, le froid, par la poussière et la boue). Personnalisant le service public, le facteur est très populaire : Ar fakteur n’en em emel ket Eus trubuilh ar politik, Tout an dud eo e vignoned, Aezet, paour ha pinvidig (Le facteur ne se mêle pas de politique, tout le monde l’apprécie, les gens aisés, les pauvres comme les riches).

Au XXème siècle, le paotr ar post(postier) est devenu incontournable dans la vie des campagnes, on s’en aperçoit quand éclate la première grande grève en 1909 : Ar bosterien a baouezas da labourat e Pariz hag e kalz kerioù. E-pad eizh devezh na « dépêche », na lizher, na kazetenn ebet mui. (Ils ont arrêté le travail à Paris et dans beaucoup de villes. Pendant huit jours, il n’y a eu ni dépêches, ni courrier, ni journaux !).

La poste rurale eut une importance capitale lors de la guerre 14-18 comme l’écrit ce Poilu de Landudal : Skrivañ din ul lizher bennak deus ar ger hag e kavin berroc’h an amzer. Me a skrivo deoc’h ar muiañ ma c’hellin (Écrivez-moi de la maison pour que le temps passe plus vite. Je vous écrirai le plus souvent possible). Quatre milliards de lettres ont été acheminées pendant le conflit !

 

Bernez Rouz

Pennad orin / Texte original

Troidigezh / Traduction

Gouzout Muioc’h / Pour aller plus loin

Broudic (Fañch), La poste et la langue bretonne, in BSAF 2008, P. 257-252
Ar post breizh : http://arpost.free.fr/facteurs.htm
Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Timbres_de_France_1849

Le Menn (Gwennole), La langue bretonne et la poste, in M.S.H.A.B., 2007, 
https://www.shabretagne.com/scripts/files/56d75805e1b884.22328236/2007_14.pdf

Chanson ar facteur, 
http://mediatheques.quimper-bretagne-occidentale.bzh/iguana/www.main.cls?surl=search&p=af3e6a0a-94ab-11e8-a80b-0050568050bf#recordId=1.376232&srchDb=1,4