Le Trésor du breton écrit Teñzor ar brezhoneg skrivet
Ce blog s'inscrit en complément de la Chronique Brezhoneg : trésor du breton écrit publiée dans Ouest-France dimanche. Vous y trouverez les textes intégrals et leurs traductions ainsi que des éléments de bibliographie et des liens internet pour en savoir plus. Amzer ar brezhoneg skrivet a ya eus ar bloaz 800 betek vremañ. Kavout a reoc'h amañ ar pennadoù en o hed hag o zroidigezh ha war an dro un tamm levrlennadurezh hag al liammoù internet da vont pelloc'h ganti ma peus c'hoant.

1914-18 : Les 1200 lettres de guerre du Sergent Henrio !

Le sergent Louis Henrio (Loeiz Herrieu) de Lanester nous a laissé la plus grande correspondance en breton de la guerre 14-18 :  Aon am eus bet ‘raok ar marv, met kustumet e oan dre forzh gwelet an Ankoù é tremen e-talon  (J’ai eu peur de la mort, mais je m’y étais habitué à force de voir l’Ankou marcher près de moi). Il écrit son journal de guerre sous le titre Kammdro an Ankou (Le tournant de la mort), l’un des grands livres de la littérature bretonne du XXème siècle. Il y décrit la guerre dans toute son horreur. Ses lettres à sa femme Loeiza apporte une nouvelle dimension : il nous découvre l’intimité de sa famille et la tragédie de la séparation : …Eh eus lod hag ho Loeiz genoc’h en ho taou vabig…Hiraezh am eus deoc’h ; mankiñ a rit din a gorv, a spered hag ho lec’h n’em eus netra,netra,netra. (Ton Loeiz est avec toi dans tes deux petits garçons… Je me languis de toi ; tu manques à mon corps et à mon esprit et je n’ai rien pour combler cette place qui demeure vide, vide, vide…). Sa correspondance nous montre un homme debout, volontaire, profondément chrétien mais lucide sur la vilénie de la guerre : Hag ar re, èlon, hag en doa a-hend-arall ur vuhez speredel, ar re a glaske er vuhez servij ar Gwir, sellet doc’h ar Brav, a zo chomet 4 blez, é kousket e-tal tud hag a zo hañvaloc’h doc’h loened e’it doc’h tud. (Ceux qui comme moi avaient aussi une vie intellectuelle, qui cherchait à vivre avec droiture, dans le respect du beau, ont dû, 4 années durant, manger et dormir aux côtés de créatures plus proches de l’animal que de l’homme). Il survivra mais usé, vidé, à plat, sans force, uzet, goulle, blot,dinerzhet.

 

En breton : Loeiz Herrieu, Nag ar gwenan ! éditions TIR. 2016

En français : Loeiz Herrieu, Et nos abeilles ! , éditions TIR, 2016, traduction et introduction Daniel Carré

Pennad orin / Texte original

« Aon am eus bet ‘raok ar marv, met kustumet e oan dre forzh gwelet an Ankoù é tremen e-talon..

Nen deo ket hep dañjer e chom ar spered, e-pad 4 blez, bepred stennet bepred é tisfiz doc’h ar marv, bepred é soubliñ dindan lezennoù diot, bepred é sentiñ da dud na vennahec’h ket goprat èl bugulion-saout…

« Hag ar re, èlon, hag en doa a-hend-arall ur vuhez speredel, ar re a glaske er vuhez servij ar Gwir, sellet doc’h ar Brav, a zo chomet 4 blez, é kousket e-tal tud hag a zo hañvaloc’h doc’h loened e’it doc’h tud. Tud ha ne gomzont ‘met a lousteri a-tro an deiz hag a zo o albac’henn get ar gaou penn-da-benn.

Rac’h an traoù-se a c’hwerva ar spreredoù gwellañ. Ha laret e vo ret din oc’hpenn lenn levrioù ha klevet tud hag a veulo ar brezel, an traoù burzhudus !! graet e-pad ar brezel, an dud souezhus e oa soudarded ar brezel, a pa ouian emañ gevier rac’h an traoù-se…

6 a C’henver 1919

Troidigezh / Traduction

J’ai eu peur de la mort, mais je m’y étais habitué à force de voir l’Ankou marcher près de moi, sur les mêmes chemins que moi… Le fait pour l’esprit d’être resté ainsi 4 années durant constamment tendu, constamment sur les gardes, constamment dans la crainte de la mort, constamment soumis à des règlements idiots, constamment astreint à l’obéissance à des gens qu’on ne voudrait même pas engager pour garder les vaches n’est pas sans danger…

Et ceux qui comme moi avaient aussi une vie intellectuelle et cherchaient à vivre avec droiture, dans le respect du beau, ont dû, 4 années et demie durant, manger et dormir aux côtés de créatures plus proches de l’animal que de l’homme. Des gens dont la seule conversation se limitait à débiter un tissu de grossièretés, dont la principale raison d’agir était de nuire à leur prochain.

Tout cela finit par aigrir l’esprit du meilleur des hommes. Et dire qu’il me faudra en plus continuer à supporter de lire des livres et d’entendre des discours glorifiant la guerre, louant les actions d’éclat (!!) qui l’auront illustrée et les hommes extraordinaires qu’ont été les soldats quand je sais moi, que tout cela n’est que mensonge ….

9 janvier 1919

Gouzout Muioc’h / Pour aller plus loin

Brezhoneg
Kamdro en ankeu, (Skritur orin gwenedeg), emb. Meriadeg Herrieu, 1974. 
Kamdro an Ankoù, e skritur peurunvan, Al Liamm 1994, 318p.
Nag ar gwenan ?, Lizheroù ar serjant henrio, T.I.R., 2016, 460p
http://loeizherrieu.fr/
https://br.wikipedia.org/wiki/Loeiz_Herrieu

Français
Le tournant de la mort, Traduction Daniel Carré, T.I.R., 2014, 500p.
Et nos abeilles ?..., courrier du sergent Louis Henrio,, Traduction Daniel Carré,, T.I.R., 2016.
Favereau (Francis), Anthologie de la littérature bretonne du XXème siècle, Morlaix, Skol Vreizh, t2. p.198-218.
http://loeizherrieu.fr/
https://fr.wikipedia.org/wiki/Loeiz_Herrieu