Le Trésor du breton écrit Teñzor ar brezhoneg skrivet
Ce blog s'inscrit en complément de la Chronique Brezhoneg : trésor du breton écrit publiée dans Ouest-France dimanche. Vous y trouverez les textes intégrals et leurs traductions ainsi que des éléments de bibliographie et des liens internet pour en savoir plus. Amzer ar brezhoneg skrivet a ya eus ar bloaz 800 betek vremañ. Kavout a reoc'h amañ ar pennadoù en o hed hag o zroidigezh ha war an dro un tamm levrlennadurezh hag al liammoù internet da vont pelloc'h ganti ma peus c'hoant.

1350 : Le plus ancien texte littéraire breton est une chanson d’amour

1350 : le plus vieux texte littéraire en breton est une chanson d’amour.

Les copistes du Moyen-Âge s’ennuyaient ferme à réécrire des textes religieux en latin. Pour décompresser ils écrivaient des notes en marge des manuscrits. Ces gloses souvent dans leur langue natale sont précieuses. Le plus vieux poème breton qu’on ait retrouvé sur un manuscrit latin de 1350 est signé Ivonet Omnès.

Ivonet Omnès zo mab mad ha kar
Panezenn ha surugenn am-bezo da merenn
(Ivonet Omnès est un fils bon et aimant
Pour déjeuner, j’aurais un panais et du pain cuit sous la braise.)

Ces considérations très matérielles nous donnent le nom de l’auteur qui est ainsi passé à la postérité. Dans cinq endroits différents du texte latin il a intercalé des vers bretons tirés de deux chansons populaires : la première est très classique au temps de l’amour courtois.

Me am-eus un amouric
Yoliic
Endan an del[ioù]
Mé [a gave]
(J’ai une amourette
Joliette
Que sous la ramée
J’ai trouvée).
La deuxième chanson est beaucoup plus élaborée et intéressante. Les spécialistes s’accordent à dire qu’il s’agit d’une composition plus ancienne :

An guen heguen am laouenas
An hegarat an lacat gl
as
Mar ham guorant va karan
tit
Da vout in nos oh he cos
tit
Uam ga
ret ne prêt.

Ce texte complexe en moyen breton s’écrirait ainsi en breton moderne :

An hini wenn minc’hoarzhus am laouenaas
An hini hegarat he lagad glas…
Mar am gwarant va c’harantez
Da vout en noz ouzh he c’hostez
Maouez karet, bepred…

« La blanche souriante m’a réjoui,
L’aimable à l’oeil bleu…
Si me garantit mon amour
D’être la nuit à son côté,
Femme aimée, à tout instant… »

Ce court poème a une importance considérable dans l’histoire littéraire de Bretagne. Sa métrique avec ses rimes internes montre qu’il existait une école poétique de haut niveau en Bretagne bretonnante. Le modèle est en tout point semblable aux procédés poétiques savants des grands bardes gallois.

On sait que les Ducs de Bretagne de la maison de Cornouaille avait aussi des bardes à leur cour. Ar barz Cadiou, le barde Cadiou à sa rue à Quimper. Tous les écrits de cette époque ont disparu mais de nombreux exemples au XVème et XVIème siècles montrent que cette poésie savante était d’usage courant chez les lettrés.
Nos poètes rivalisaient donc avec les grand bardes gallois, les troubadours de langue d’oc et les trouvères de langues d’oïl.

Pennad orin / Texte original

Ivonet Omnès zo mab mad ha kar
Panezenn ha surugenn am-bezo da merenn

*************************

An guen heguen amlaouenas
An hegarat an lacat glas
Mar ham guorant va karantit
Da vout in nos oh he costit
Uam garet ne pret

**************************

Me am-eus un amouric
 yoliic
 Endan an del[ioù]
mé [/a gave]

Troidigezh / Traduction

Ivonet Omnès est un fils bon et aimant
Il aura pour déjeuner un panais et du pain cuit sous la braise.

*************************

La blanche souriante m'a réjoui,
L'aimable à l'oeil bleu...
Si me garantit mon amour
D'être la nuit à son côté,
Femme aimée, à tout instant..."

***************************

J'ai une amourette
Joliette
Que sous la ramée
J'ai trouvée.

 

Gouzout Muioc’h / Pour aller plus loin

Brezhoneg
Raoul (Lukian), Geriadur ar Skrivagnerien ha Yezhourien, p.332, Al Liamm, 1992.

https://br.wikipedia.org/wiki/Ivonet_Omnes

Français

Loth (Joseph), Le plus ancien texte suivi en breton, in revue celtique N°34, p.241.
http://www.daskor.bzh/fr/node/939

Ernault (Emile), Encore du breton d’Ivonet Omnès, in Revue Celtique N°34, 1913, P249-252

Morvannou (Fañch), Regard sur 700 ans de breton écrit, in Corona Monastica, Rennes, P.U.R. 2004.
https://books.google.fr/books?isbn=275353151

Fleuriot (Léon), Langue et société dans la Bretagne ancienne. In Histoire littéraire et culturelle de la Bretagne, Livre 1, p.p. 18-20. Champion-Slatkine, 1987.

English

Price (Glanville), The Celtic connection, Gerrards Cross, 1992, Colin Smythe. P. 277
https://books.google.fr/books?isbn=0861402480

Dutsch 

Toorians (Lauran) , Ivonet Omnes en het begin van de Bretonse literatuur,
http://fleursdumal.nl/mag/lauran-toorians-ivonet-omnes

Deutch

Maier (Bernhard), Die Kelten-Geschichte,Kultur und Sprache, Tübingen, 2015.
https://books.google.fr/books?isbn=3825243540