Le Trésor du breton écrit Teñzor ar brezhoneg skrivet
Ce blog s'inscrit en complément de la Chronique Brezhoneg : trésor du breton écrit publiée dans Ouest-France dimanche. Vous y trouverez les textes intégrals et leurs traductions ainsi que des éléments de bibliographie et des liens internet pour en savoir plus. Amzer ar brezhoneg skrivet a ya eus ar bloaz 800 betek vremañ. Kavout a reoc'h amañ ar pennadoù en o hed hag o zroidigezh ha war an dro un tamm levrlennadurezh hag al liammoù internet da vont pelloc'h ganti ma peus c'hoant.

1928 : Geotenn ar Werc’hez, « la meilleure oeuvre en breton du XXème siècle »

Bep mintin e tarzhe broñsoù hag e tigore bleunioù nevez. (Chaque matin éclosaient des bourgeons et s’épanouissaient des fleurs nouvelles). S’il y avait un « Lagarde et Michard » breton, cette phrase serait sur toutes les lèvres des élèves bretonnants. Jakez Riou, né en 1899 sur les bords de l’Aulne, a su magnifier la Cornouaille paysanne par des descriptions de la vie rurale extrêmement ciselées : Er foenneier e krene beskennouigoù ar c’hilked-broan ha kurunenn wenn an dro-heol. Ar valafenn hedro o fismige hag a floure o bleud gant hec’h eskell voulouz-seiz. (Dans les prés humides, c’était tout un tremblement de petites clochettes de jacinthes sauvages et des blanches couronnes de marguerites. Le papillon volage les goûtait, désinvolte, et caressait leur pollen de ses ailes de velours soyeux). Mais le drame guette. Dans ce paradis, la moisson réunit toute la jeunesse locale sauf une jeune fille, Lotea : Den n’he c’halvas, den n’he choupas, den ne bokas dezhi. Edo war he gwele pa oa dornadeg e ti he zad.(personne ne l’appela, personne ne la souleva, personne ne l’embrassa. Elle était alitée quand le battage eut lieu à la ferme familiale).

Lotea he deus skopet gwad (Lotea a craché du sang).
Jakez Riou sait de quoi il parle, il est mort en 1937 de la tuberculose. Lotea faisait tourner les têtes : Divougenn ha muzelloù Lotea a oa savet warno bleunioù livrin e-giz ar brulu ; ha sklaeraet e kavis he daoulagad, a liv gant an oabl boull. (Les joues et les lèvres de Lotea avaient , elles aussi, fleuri du teint de la digitale ; et je trouvai ses yeux plus clairs, de la couleur du ciel transparent). Mais le père insensible refuse de l’envoyer en soins au grand dam de son entourage. Ce soir là il n’y a pas eu de Fest ar peurzorn (fête du battage), les jeunes, choqués, ont quitté le repas en claquant la porte. Ha d’an diskar amzer pa grene an delioù melenet e-kreiz ar skourroù e serras Lotea he daoulagad. Ar marv a bokas dezhi…(Et à l’automne quand tremblaient les feuilles jaunies dans les branches, Lotea ferma les yeux. La mort vint l’embrasser…). La description des funérailles est pathétique. Jakez Riou, maintefois réédité en breton a aussi été traduit en français, en espéranto, en frison et en gallois. Un grand maître de la littérature bretonne qu’on ne peut pas ignorer.

Pennad orin / Texte original

Geotenn ar Werc'hez (p.1)

Bep mintin e tarzhe broñsoù hag e tigore bleunioù nevez.

An tommheolig a varelle ar peurvanoù ha letonennoù an hent ; ar glizin, ar penn-glas a ziwane er gwasked, e diribin ar c’hleuzioù troet ouzh ar c’hreisteiz, hag ar velionenn en em andore e geot al lezennoù. Er foenneier e krene beskennoùigoù ar c’hilked-broan ha kurunenn wenn an dro-heol. Ar valafenn hedro o fismige hag a floure o bleud gant hec’h eskell voulouz-seiz. Hag er girzhier, an drask, ar rujodenn, an tinter, ar golvan a richane d’an heol ; ar voualc’h a c’hwibane er strouezh, eilet a-bennadoù gant ar borzevelleg louet. Kemenn a raent an eil d’egile e livrine brulu an torgennoù hag e kammigelle an nadoz-aer a-hed ar stivelloù, ken mibin hag he skeud en dour.

An nevez-amzer a oa deut abred.

Edo Lotea o pignat gant ar c’harr-hent, bet o kerc’hat, er gêr dostañ, ur gazeliad geot ar Werc’hez da vleuniañ dor he zi. Mousc’hoarzhin a reas din gant ur mousc’hoarzh trist ha stummet diheverz. Azezañ ’reas ouzh man ar c’hleuz evit kemer anal. Un aezhenn glouar a hiboude a-us dezhi e trollennoù al lavrig hag ar gwezvoud.

Divougenn ha muzelloù Lotea a oa savet warno bleunioù, livrin e-giz ar brulu ; ha sklaeraet e kavis he daoulagad, a liv gant an oabl boull.


1928, Gwalarn, N°13, p.5-6)

Troidigezh / Traduction

L'herbe de la Vierge (p.1)

Chaque matin éclosaient des bourgeons et s'épanouissaient des fleurs nouvelles.

Pâquerettes, reine des prés bigarraient les pâturages et les bermes des bords de route ; le bleuet à fleur azurée perçait à l'abri, dans le passage du talus orienté au sud et la violette s'abritait dans les herbes des lisières. Dans les prés humides, c'était tout un tremblement de petites clochettes de jacinthes sauvages et des blanches couronnes des marguerites. Le papillon volage les goûtait, désinvolte, et caressait leur pollen de ses ailes de velours soyeux. Et dans les haies, la grive, le rouge-gorge,le pinson le moineau passereau gazouillaient au soleil ; le merle sifflotait dans les broussailles, auquel répondait par moments la grosse grive grise. Ils s'annonçaient l'un à l'autre que les digitales vermillonnaient les reliefs et que la libellule zigzaguait le long des sources, aussi agile que son reflet sur l'eau.

Le printemps était tôt cette année.

Lotéa montait la voie charretière, après être allée chercher au village voisin une brassée d'herbe de la Vierge pour décorer la porte de sa maison.Elle me sourit d'un sourire triste et quasi imperceptible. Elle s'assit, adossée à la mousse du talus afin de reprendre son souffle. Une brise tiède murmurait au-dessus d'elle dans les lianes entortillées du liseron et du chèvrefeuille.

Les joues et les lèvres de Lotéa avaient, elles aussi, fleuri du teint de la digitale ; et je trouvai ses yeux plus clairs, de la couleur du ciel transparent.

L'herbe de la Vierge, Nantes, 1947, (Trad. Youenn Drezen).

Gouzout Muioc’h / Pour aller plus loin

éditions
Geotenn ar Werc’hez | Gwalarn Nn 13, 1928 (skritur KLT)
Geotenn ar Werc'hez (danevelloù) Skrid ha Skeudenn 1934 (skritur KLT)
Geotenn ar Werc'hez ha danevelloù all Al Liamm 1957 (Skritur peurunvan)
Geotenn ar Werhez | Emgleo Breiz, 1957 (skritur Falc'hun).
L'Herbe de la vierge, tr. Youenn Drezen, Nantes, Aux portes du large, 1947
L'Herbe de la Vierge, éd. Terre de brume, 1991.

Brezhoneg
Wikipedia : https://br.wikipedia.org/wiki/Jakez_Riou
Favereau (Francis), Al lennegezh vrezhoneg T.2, P.358-379.
E koun Jakez Riou ; Brest, Gwalarn 110-111, 1938.
Kermoal (Pierrette), Addizoleiñ hon c'hoariva, in Aber 44, hanv 2011, p. 244-287.

Français
Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jakez_Riou
René-Yves Creston, Mon ami Jakez Riou, in Ar Falz, janvier-février 1957.
Favereau Francis (
Anthologie de la littérature bretonne du XXème siècle, tome 2, p 358-379