Le Trésor du breton écrit Teñzor ar brezhoneg skrivet
Ce blog s'inscrit en complément de la Chronique Brezhoneg : trésor du breton écrit publiée dans Ouest-France dimanche. Vous y trouverez les textes intégrals et leurs traductions ainsi que des éléments de bibliographie et des liens internet pour en savoir plus. Amzer ar brezhoneg skrivet a ya eus ar bloaz 800 betek vremañ. Kavout a reoc'h amañ ar pennadoù en o hed hag o zroidigezh ha war an dro un tamm levrlennadurezh hag al liammoù internet da vont pelloc'h ganti ma peus c'hoant.

1622 Le Stabat Mater breton

Composé en latin au XIIIème siècle, le Stabat Mater Dolorosa (Debout Mère douloureuse) est un des chants les plus célèbres de la liturgie religieuse. Soutenu par le Pape Boniface IX, il se répandit rapidement dans la chrétienté : Pab Bonifas en deus aotreet seizh bloaz a bardon da neb a lavaro Stabat Mater dolorosa ouzh pridiri ar c’heuz he devoa an itron Maria pa welas he mab krusifiet  (Le pape Boniface a accordé sept années de pardon à celui qui dira le Stabat Mater et méditera sur les souffrances de la Vierge Marie devant son fils crucifié). Trop orné, trop populaire, ce chant fut interdit par le concile de Trente en 1545, mais il continua de susciter l’engouement des fidèles, notamment en Bretagne. En 1622, est publiée la première traduction bretonne par Tanguy Guéguen, de Morlaix. Ouzh harzh ar groaz ma voe gloazet, Doue hor Roue-ni krusifiet, Ez edoa e vamm estlammet, Hag hi he devoe hirvoudet (Au pied de la Croix où fut martyrisé, Dieu, notre roi crucifié, Se tenait sa mère consternée et emplie d’angoisse pour lui). Ce qui distingue ce poème des autres compositions du Moyen-Âge c’est l’expression d’une nouvelle forme de piété, plus empathique et émotive. Marie est présentée non pas comme Reine des Cieux mais comme une mère qui souffre : Trist oa Mari melkoniet Hag en he c’halon estonet En ur soñjal pegen kalet Jezus gant poan e oa doaniet (Marie fut triste, affligée ; son cœur transi de douleur en pensant aux souffrances de Jésus ).

L’affliction en demeure le thème central. Le croyant est plus à même de ressentir la douleur humaine de la mère que celle de son fils d’essence divine.

Le poème se termine sans surprise par la quête du Paradis : Ha pa duy monet ar bed-mañ, Grit d’hon anaon, Itron glan, Monet sakun gwitibunan, D’ar baradoz da repoziñ. (Et quand il faudra quitter le monde, faites que nos âmes, Dame immaculée, aillent toutes, le moment venu, au paradis trouver le repos.)

Plus de 500 compositeurs s’en sont inspirés, des plus célèbres comme Pergolèse ou Vivaldi jusqu’aux jeunes talents contemporains comme le Dinardais Kevin Haas. On connaît une bonne douzaine de version en breton, dont celle magnifique de Yann-Fañch Kemener dans ses « Chants de la Passion ».

Pennad orin / Texte original

Troidigezh / Traduction

Gouzout Muloc'h / Pour aller plus loin

Brezhoneg

Gueguen (Tanguy), Doctrin an Christenien, Montroulez, 1622 
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8608266g/f64.image

Gueguen (Tanguy),Doctrin an Christenien, Montroulez,1677, Kemper,
 https://books.google.fr/books?id=DKRkAAAAcAAJ&pg=PA1&lpg=PA1&dq=Stabat+et+l%27Obsecro+en+breton&source=bl&ots=cUrAK1RKAP&sig=vdS9hW1cUW9QyJGaZO0-iYvkr-k&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwju9oatk-XZAhWJDewKHfmOAMUQ6AEIKDAA#v=onepage&q=stabat&f=false

Mod Gwened : http://www.kan-iliz.com/wp-content/uploads/2016/03/Stabat-Mater.pdf
Kanet gant Y.F. Kemener : http://www.kan-iliz.com/wp-content/uploads/2016/02/Gwerchez-santel-peurunvan_3.pdf
http://yfkemener.com/productions/discographie/chant-de-la-passion/

Français

Hemon (Roparz) Doctrin an christenien : texte de 1622 en moyen breton accompagné de la version française et du texte en breton moderne de 1677, Dublin, Dublin Institute for Advanced Studies, 1977.
Le Berre (Yves), À propos du Stabat Mater breton de Tanguy Guéguen (1622), le "moyen-breton" existe t'il ? in La Bretagne Linguistique N°14, CRBC, Brest, 2009, p. 13-24.

Le Berre (Yves) Profanation et sacralisation. Reflexion sur une traduction bretonne du Stabat Mater, CRBC, Brest, 2009.
Couraouau (Jean-François), Les imprimés religieux en langue bretonne (1526-1660)
http://journals.openedition.org/abpo/270

English

Stokes (Withley) Middle-breton hours, 1876, P.41.
The ultimate Stabat Mater Site : https://www.stabatmater.info/breton/