Le Trésor du breton écrit Teñzor ar brezhoneg skrivet
Ce blog s'inscrit en complément de la Chronique Brezhoneg : trésor du breton écrit publiée dans Ouest-France dimanche. Vous y trouverez les textes intégrals et leurs traductions ainsi que des éléments de bibliographie et des liens internet pour en savoir plus. Amzer ar brezhoneg skrivet a ya eus ar bloaz 800 betek vremañ. Kavout a reoc'h amañ ar pennadoù en o hed hag o zroidigezh ha war an dro un tamm levrlennadurezh hag al liammoù internet da vont pelloc'h ganti ma peus c'hoant.

1963 : Anjela Duval chante l’amour de son pays

Anjela Duval, paysanne du Trégor fut révélée au grand public par une émission télé : “les Conteurs“ d’André Voisin en 1971. Elle commença à écrire en breton à cinquante ans, le soir après une dure journée de travail. C’est d’ailleurs le titre de son premier recueil de poésie Kan an Douar(Le chant de la terre) publié en 1973.

Son poème le plus célèbre Karantez vro(L’amour du pays) raconte comment elle a préféré sa terre plutôt que de suivre le marin qu’elle aimait : siwazh, an hini a garen, Na gare ket ’r pezh a garan, Eñ na gare nemet ar c’hêrioù, Ar morioù bras, ar Broioù pell, Ha me ne garan ’met ar maezioù, Maezioù ken kaer va Breizh-Izel !  (Hélas celui que j’aimais, n’aimait pas ce que j’aime, Lui c’était la ville, l’océan, les pays lointains, et moi, la campagne, la si belle campagne de Basse-Bretagne).

La blessure est profonde dans le coeur de la poétesse qui l’exprime avec pudeur et émotion : Ret ’voe dibab ’tre div garantez, Karantez-vro, karantez den,D’am bro am eus gouestlet va buhez, Ha lezet da vont ’n hini ’garen (Il fallait choisir entre l’amour d’un homme et l’amour de mon pays. J’ai consacré ma vie à mon pays, et j’ai délaissé celui que j’aimais).

Anjela Duval est restée célibataire, cultivant de ses propres mains les quelques arpents que lui avait légués ses parents. Avec fatalisme elle s’est résignée à ce déchirement. L’écriture en breton lui a servi de thérapie. Elle a patiemment tissé le soir au coin du feu, l’une des œuvres les plus belles de la littérature bretonne, loin de la facilité d’une vie aisée qu’elle aurait pu vivre : Dezhañ pinvidigezh, enorioù, Din-me paourentez ha dispriz, Met ’drokfen ket evit teñzorioù, Va Bro, va Yezh ha va Frankiz ! (Lui a eu les honneurs et la richesse et moi la misère et le mépris, Mais je n’aurai jamais échangé même pour des pépites, mon pays, ma langue et ma liberté !)

Les poèmes d’Anjela duval sont chantés aujourd’hui par Nolwenn Le Roy, Gwennyn et Yann Thiersen, Ils ont été partiellement traduit par Pierre-Jakez Hélias et Paol Keineg. Un juste hommage à cette grande écrivaine du Trégor qui a maintenant sa statue au C’hwerc’had (Vieux-Marché) et dont l’œuvre a été intégralement éditée et mise en ligne par l’Université de Rennes 2.

Pennad orin / Texte original

Karantez vro

    E korn va c'halon 'zo ur gleizhenn
'Baoe va yaouankiz he dougan
Rak, siwazh, an hini a garen
Ne gare ket pezh a garan.
Eñ na gare nemet ar c'hêriou,
Ar morioù don, ar broioù pell,
Ha ne garen 'met ar maezioù,
Maezioù ken kaer va Breizh-Izel.

Ret' voe didab 'tre div garantez :
Karantrez-vro, karantez den.
D'am bro am eus gouestlet va buhez
Ha lezet da vont 'n hini 'garen.
Biskoazh klevet keloù outañ.
Ar gleizhenn em c'halon zo chomet
Pa ne gare ket pezh a garan

Pep den a dle heuilh e donkadur :
Honnezh eo lezenn ar bed-mañ.
Gwasket 'voe va c'halon a-dra-sur,
Met 'gare ket pezh a garan.
Dezhañ pinvidigezh, enorioù,
Din-me paourentez ha dispriz.
Met 'drokfen ket evit teñzorioù
Va Bro, va Yezh ha va Frankiz.

11 a viz Eost 1963

Troidigezh / Traduction

Karantez vro

Amour-patrie
En mon coeur est ma blessure,
Depuis ma jeunesse y reste gravée
Car, hélas, celui que j'aimais
Ce que j'aime n'aimait pas.
Lui n'aimait que la ville,
La grande mer et les lointains ;
Je n'aimais que la campagne,
Beauté des campagnes de Bretagne.
Entre deux amours il me fallut choisir
Amour-patrie, amour de l'homme ;
A mon pays j'ai offert ma vie,
Et s'en est allé celui que j'aimais.
Depuis, jamais je ne l'ai revu,
Jamais connu de ses nouvelles.
En mon coeur saigne la blessure
Car ce que j'aime, il n'aimait pas.
Chacun sa Destinée doit vivre,
Ainsi en ce monde en est-il.
Meurtri, certes, fut mon coeur,
Mais ce que j'aime, il n'aimait pas.
A lui, honneurs et richesse
A moi, mépris et humble vie.
Mais je n'échangerais contre nul trésor
Mon pays, ma langue et ma liberté.

Gouzout Muioc’h / Pour aller plus loin

Duval (Anjela), Oberoù klok, http://www.breizh.net/anjela/barzhonegou/51.php