Le Trésor du breton écrit Teñzor ar brezhoneg skrivet
Ce blog s'inscrit en complément de la Chronique Brezhoneg : trésor du breton écrit publiée dans Ouest-France dimanche. Vous y trouverez les textes intégrals et leurs traductions ainsi que des éléments de bibliographie et des liens internet pour en savoir plus. Amzer ar brezhoneg skrivet a ya eus ar bloaz 800 betek vremañ. Kavout a reoc'h amañ ar pennadoù en o hed hag o zroidigezh ha war an dro un tamm levrlennadurezh hag al liammoù internet da vont pelloc'h ganti ma peus c'hoant.

1732 : Le dictionnaire de Gregoire de Rostrenen révèle bien des richesses

On doit à ce père capucin de Rostrenen cet imposant ouvrage de 978 pages, financé par les États de Bretagne. L’auteur, excellent bretonnant, a puisé à des sources anciennes aujourd’hui disparues ce qui fait la richesse de l’ouvrage. Prenons comme exemple les étrennes : Il nous donne deux mots kalannaet derou-mat avec de multiples exemples : derou mat ar bloaz nevez ou la forme vannetaisedonemat ag er blé névé. (bienvenue à l’année nouvelle) ou encore va c’halanna din, mar plij. (Donnez-moi mes étrennes, s’il vous plaît).

Grégoire nous donne quantité d’exemples qui nous permettent de comprendre l’évolution de la langue. Ainsi, il écrit bloazvez pour année et nous donne la forme vannetaise bleüeh,les deux sontunifiées aujourd’hui en bloavezh.Les vœux de bonne année se souhaitait par cette formule : Ur bloavezh mat a reketan deoc’h digant Doue (Je vous souhaite une bonne année de la part de Dieu) et il ajoute : « en termes grotesques on dit : bloavezh mat deoc’h ha tiegezh dilogod(bonne année à vous et maisonnée sans souris) ! ». Grégoire a puisé dans des écrits anciens des formes peu usitées ou disparues. C’est le cas de blizen qui est un très vieux mot pour année. Le dictionnaire Devri de Martial Ménard, en donne les formes les plus anciennes :  blidan en 893, blizenen 1530. Le mot semble s’être conservé dans quelques expressions figées : en deiz-mañ penn-blizennou encore en deiz-mañ penn-lizenn(aujourd’hui dans un an).

Ce dictionnaire tient aussi sa richesse des nombreuses notes sur d’anciennes coutumes  qui font le bonheur des folkloristes. Ainsi kouignaoua,le verbe venant de kouign,(gâteau), mondialement connu par le kouign amann(gâteau au beurre), est traduit par « amasser des gâteaux, comme font les jeunes enfants au jour des Innocents ».

De même, il nous donne les différents noms bretons de l’Épiphanie : Gouel ar Rouanez (la fête des rois), Gouel an tri Roue (la fête des trois rois), Gouel ar sterenn(la Fête de l’étoile) etGouel ar vadiziant (la fête du baptême) avec en prime un dicton qui nous permet de trouver la date des Gras : Ar prim nesañ d’ar vadiziant, lez hennezh da vont e hent, ar meurzh nesañ d’ar prim all, Meurlarjez e Breizh hag e Gall. (Il faut laisser passer la première lune après l’Épiphanie, le premier mardi après la deuxième lunaison sera le mardi-gras en Bretagne comme en France).

 

 

Pennad orin / Texte original

Troidigezh / Traduction

Gouzout Muioc’h / Pour aller plus loin

Ar geriadur en linenn / Le dictionnaire en ligne

GREGOIRE de Rostrenen, Dictionnaire François-celtique ou François-Breton, Rennes, 1732. 
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1040103v.r=Gregoire%20de%20Rostrenen?rk=21459;2

Istor ar geriadurioù brezhonek / Histoire des dictionnaires bretons

Le Menn (Gwenole, Contributions à l'étude de l'histoire des dictionnaires bretons, Thèse, Rennes, 1981.
Morvan (Malo), Définir la "langue bretonne". Discours concurrentiels d'origination et d'identification dans les paratextes des dictionnaires bretons, Thèse, Mars 2017, Paris V Descartes.
http://www.langue-bretonne.org/archives/2017/03/24/35089505.html

Gregor Rostren / Grégoire de Rostrenen

Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A9goire_de_Rostrenen

Kerviler, Répertoire général de biobibliographie bretonne, P.154-155, 

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5817976m/f162.image.r=Abbé%20Bignon%20Gregoire%20de%20Rostrenen