Le Trésor du breton écrit Teñzor ar brezhoneg skrivet
Ce blog s'inscrit en complément de la Chronique Brezhoneg : trésor du breton écrit publiée dans Ouest-France dimanche. Vous y trouverez les textes intégrals et leurs traductions ainsi que des éléments de bibliographie et des liens internet pour en savoir plus. Amzer ar brezhoneg skrivet a ya eus ar bloaz 800 betek vremañ. Kavout a reoc'h amañ ar pennadoù en o hed hag o zroidigezh ha war an dro un tamm levrlennadurezh hag al liammoù internet da vont pelloc'h ganti ma peus c'hoant.

2018 : « Ne nous soumets pas à la tentation » !, version Goulc’han Kervella

Goulc’han Kervella, homme de théâtre, homme de plume n’a jamais hésité à mettre en lumière les grands problèmes de notre société.
Dans un petit roman Temptadur ar c’hloareg Frañsez (La tentation du clerc François) publié aux éditions Aber, il s’inspire du célèbre écrit de Youenn Drezen Sizhun ar breur Arturo, (La semaine du frère arthur) ou l’écrivain bigouden, séminariste, par la seule vue d’une femme qui vient prier dans la chapelle du couvent décide Na vin na beleg na manac’h. (Je ne serai ni prêtre ni moine).
Kervella raconte le même dilemne mais dans un camp d’adolescents qui montent une pièce de théâtre sur la vie de St François d’Assise : Skouer uhelañ ar vuhez kristen a oa eus St Frañsez : treiñ kein ouzh madoù hag enorioù ar bed, gouzañv ar baourentez vrasañ, prezeg an aviel d’ar bobl, bevañ e-kreiz an natur (St François était le plus bel exemple de vie chrétienne exemplaire : se détacher des honneurs et des biens, prêcher l’Evangile, vivre dans la pauvreté, dans la nature). Mais encadrer une bande d’adolescents pleins de vie fait réfléchir Frañsez le séminariste, sur ses propres projets d’aller vers la prêtrise : Gant youc’hadennoù ar re yaouank e voe dihunet ar c’hloareg Frañsez. Krouadurien an Ao. Doue a oa anezho, yaouank ha laouen, ha ne oant ket tasmantoù daoubleget o pediñ hag oc’h ober pinijenn (Le clerc François fut réveillé par les cris des ados. C’étaient les créatures de Dieu, respirant la jeunesse et le bonheur, aux antipodes des pénitents courbés dans la prière).
L’heure de vérité sonne un après midi ou toute la troupe se retrouve pour un bain de mer : Dalc’het en doa Frañsez e zilhad kloareg daoust d’ar merc’hed yaouank klask sachañ anezhañ eus ar mor. Ne felle ket dezhañ en em ziskouez damnoaz dirak ar re yaouank. Youna avat ne oa ket nec’het, mont a reas da neuñv he dilhad daou damm ganti. Ouzh Paol avat edo ar c’hloareg Frañsez o sellout. Pa zeuas an neuñver yaouank er maez eus ar mor e voe trubuilhet Frañsez. (François avait gardé ses habits de clerc alors que les jeunes filles cherchaient à le pousser dans l’eau. Il ne voulait pas se montrer en maillot. Youna, elle n’avait pas de scrupule et partit se baigner en bikini. Mais François n’avait d’yeux que pour Paul. Quand celui-ci sortit de l’eau il fut troublé).
Avec subtilité et tact, Goulc’han Kervella nous fait vivre la tentation du clerc François, une vrai tempête dans un crane pourtant bien fait mais qui illustre le délicat problême des prêtres face à la sexualité. Jamais un mot, une parole un geste déplacé ne vient gâcher cette mise en scène d’un problème sociologique qui interpelle l’église aujourd’hui. Faziañ hent a’m eus graet e’m buhez. N’on ket galvet da vont da veleg ( Je me suis trompé de voie, je ne suis pas appelé à aller vers la prêtrise) conclu Frañsez.

Pennad orin / Texte original

Neuze e lakaas ar grennarded o dilhad neuñv, forzhik ardoù ganto, paket e pezhiadoù serviedennoù ha youc'hadennoù forzh pegement. Adarre e voe hoalet, an holl, Frañsez ivez, gant Paol, ur bragez berr ruz gantañ, o tiskouez e gorf heneuz. Na pegen bugelig e oa ar baotred all en e gichen. Ne chomas ket ar paotr yaouank da c'hoariellat war ar ribl. A-zoug ez eas er mor ha pellaat etrezek an donvor, e benn en dour, e zivrec'h astennet o skeiñ a bep eil. 
Dalc'het en doa Frañsez e zilhad kloareg, daoust d'ar merc'hed yaouank klask sachañ anezhañ er mor. Ne felle ket dezhañ en em ziskouez damnoaz dirak ar re yaouank…
Ouzh Paol avat edo ar c'hloareg Frañsez o sellout. Pa zeuas an neuñver yaouank er maez eus ar mor, e voe trubuilhet Frañsez adarre. Edo an dour o perlezenniñ war e gigennoù stegnet, e vlev gleb sachet en a-dreñv gantañ. Ur gour a oa anezhañ, sklaer hag anat…
Ne oa ket gant ur plac’h e oa desachet, hogen gant ur paotr yaouank ; un dra dic’hortoz a-grenn evitañ, deuet warnañ a daol strak evel un tarzh kurun.

Emb. Aber, 2018

Troidigezh / Traduction

Les ados se mirent en maillot de bain, avec force convulsions et cris d'allégresses dans leurs grandes serviettes de plage. Et de nouveau tous furent attirés par Paol avec son maillot de bain rouge, qui montrait son corps parfaitement moulé. Les autres ados paraissaient des gamins à côté de lui. Il ne s'attarda pas sur la plage, il alla directement à l'eau pour nager vers la haute mer. On voyait sa tête qui émergeait entre ses bras allongés qui frappaient l'eau en cadence.
Frañsez avait gardé sa tenue de clerc, même si les jeunes filles avaient tenté de le tirer vers la mer. Il ne voulait pas se montrer à moitié nu devant les ados... 
Frañsez n'avait d'yeux que pour Paol. Quand celui-ci revint sur la plage, il fut de nouveau troublé. L'eau perlait sur ses muscles bien fermes, ses cheveux mouillés étaient tirés en arrière. Pas de doute c'était un homme maintenant. Et ce n’était pas une fille qui l’attirait, mais un autre garçon. Pour lui c’était comme un coup de tonnerre violent dans sa vie.
Éditions Aber, 2018. Traduction Bernez Rouz

Gouzout Muioc’h / Pour aller plus loin

Kervella (Goulc'han), Temptadur ar c'hloareg Frañsez, Emb. Aber, 2018, 88p.