Le Trésor du breton écrit Teñzor ar brezhoneg skrivet
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1903 : Saint Josse : saint breton, picard et européen

Saint Josse ou Sant Jeg en breton, né au VIème siècle aurait dû succéder à son père Juthael roi de Domnonée, royaume qui couvrait à l’époque le nord de la Bretagne. Préférant devenir moine, il prend la route et se fixe à Saint Josse, ville de Picardie, aujourd’hui dans le Pas de Calais.
On y chante un cantique en français très proche du cantique breton Gwerz an Aotrou Sant Jeg patron de la paroisse d’Yvias dans le Goelo au nord de Saint Brieuc.
Sant Jeg, mab rouaned ar vro, ganet daouzeg kant vloaz ‘zo, Dre zispriziañs ar bed ; Ho ti roial hoc’h eus lezet, evel ur paour gwisket, e lec’h ho sae pourpr erminet, diarc’hen o kerzed gant ur vazhig hebken. ( Saint Josse, fils de roi, né il y a 1200 ans, par dédain du monde, Vous avez abandonné votre maisonnée royale et pris habit de pauvre au lieu de la pourpre herminée. Nus pieds vous marchez avec votre bâton).

Le vieux cantique picard précise « Fuyant de la Bretagne, le pouvoir souverain, il entre dans la France, il arrive à Paris…).
Saint Josse fonde une paroisse à Paris mais il quitte la ville pour rejoindre la Picardie : Sant Jeg, en Pikardi ermit, c’heus gounezet kalz a verit, tri manati peus graet, N’hoc’h eus tamm bara ebet, Doue ro deoc’h pezh c’heus roet (Saint Josse, ermite en Picardie, vous avez été très méritant, vous avez créé trois monastères, et quand vous n’aviez plus de pain, Dieu y a pourvu).
Après sept ans d’ « affreuse solitude » nous dit le cantique Picard, Saint Josse part à Rome. Il passe par Bruxelles où il fonde une paroisse puis a Landschut en Bavière où il a son église. Il revient de Rome avec le pouvoir de faire des miracles : E Rom c’hwi a zo bet ha relegoù hoc’h eus kavet, gweled d’un dallez c’heus roet, a-raog mac’h oc’h marvet, aelez endro deoc’h zo klevet, C’hwi zo marvet joiaus e kreiz sklerijenn burzhudus (Vous avez ramené des reliques de Rome, vous avez fait retrouver la vue à une aveugle, avant de mourir on a vu chanter les anges autour de vous, vous êtes mort dans la joie et la lumière miraculeuse).

Les paroissiens d’Yvias comme ceux de Saint Josse pourront l’invoquer dans les temps actuels : Sant Jeg, medisin ar gwellañ evit pep kleñved ho kavan, mat enep an derzienn, enep drouk penn ha drouk kalon, (St Josse, meilleur médecin pour n’importe quelle maladie, bon pour la fièvre, le mal de tête et les douleurs cardiaques).

Pennad orin / Texte original

Gwerz an O. Sant Jeg, patron Eviaz 

DISKAN

Kanomp, Eviasis, guers hon Patron,
Kanomp bue 'n Otro sant Jeg,
Gant e skouer vervo en hon c'halon,
Ar c'hoant d'arruout 'n e veleg.

En amzer goz, en hon Breiz-Izel,
Er c'houls m'hon devoa rouane,
Oa eur roue hanvet Judaël,
Tri mab d'ean, ar gwella oe.

Judikaël ha Jeg ha Vignek, 
Breudeur a oad, breudeur a fe,
Servijerien an Oll C'halloudek,
O c'halon digor war an e.

Da Judikaël, ar mab hena,
' Teuas an tron warlerc'h e dad:
N'en kemeras ket 'vit kertria;
War Vreiz 'tremene gwell varrad. 

Dagobert, neuze roue Frans,
Dolas e dud 'tre hon garzo ;
Ha pell na vije ket, sur, 'michans,
O tremen kabestr mad l'hon bro. 

En diou emgann vraz, Judikaël, 
'Dornas a blad ar Fransijen.
Dre c'harv nebeut, dre zouster well,
Deus Breizis e teuer a beni. 

Gant prez oe digaset sant Eler 
Da c'houl peuc'h digant hon roue ;
Etre an daou zant, en berr amzer,
Ar peuc'h 'gavas gwir diaze. 

Peuc'h hag urz vad lakaet er vro, 
E fellas da Judikaël
Lezel gant Jeg tron hag enorio,
Ha 'nem denn en kouent Gaël. 

Jeg a c'houllas eun nebeut deio, 
Kent 'vit kemer eur garg ken braz;
Goude mar zonj ha kalz pedenno,
Da vroio pell 'kuz e tec'has. 

E tec'has gant daouzeg perc'hirin,
Da vont en bolante Doue ;
Ma oent kaset gant an dorn divin,
Beteg Ponteo, ti kont an dre. 

Ar c'hont-ma, oa Emon e hano, 
O digemeras ar gwella,
Ha Jeg da c'houl eul lec'hik distro,
Peuc'h-mik ą drouzio ar bed-ma. 

Eno, gant hepken eur servijer,
Gwech-all una e vevelien,
Hon sant eno a vevas dister, 
'Kreiz pedenno ha pinijen.

Doue 'ziskoueas divar 'vurzid, 
Ar zantelez oa en Sant Jeg :
oll dre ar vro ec'h eaz ar vrud,
Ma teue pobl tud 'n e veteg. 

Pellat a ra, diou wech e pella,
Na c'hout pleustr nemet gant Doue,
A fell d'ean gwelet, klevet tra,
Nemet en env hag an ine. 

Koulskoude eun de ar c'hont Emon, 
Oc'h ober kas war eun heiez,
Arruas klanv, divi a galon, 
Gant ar zec'het stanket e vouez.

Goude pedi, 'vel ma oar ar Zent,
Sur 'c'h eo bet klevet gant Doue,
Jeg a sko e vas e-kreiz an hent, 
Ma saillas stivel a zoare.

D'ar Sent Perr ha Paol, devod meurbod, 
Fellas d'ean gwelet ho be ;
Ur bloa en Rom en eus tremenet, 
'Tre lec'hio santel ar ger-se.

Neuze ar Pab a oa sant Martin, 
'Reas dean 'r c'henta digemer;
Gant kalz all c'hraso, d'ar perc'herin, 
Roas relego un niver.

Ha Jeg da zistro gwell evuruz, 
Leiz kalon ac'h anoudegez ;
' Ti un denjentil madelezus, 
En oe da loja un nozvez.

Ar verc'h achane a oa dallez,
Hon sant eviti a bedas,
Ha gant e relego d'ar baourez
Ur gwelet mad trè a roas.

Un de ma lare an oferen,
Gan' an Emon ha tud e di,
Un dorn oe gwelet, kreiz ar wabren,
O viniga bara, kali.

E oe gwelet eur bagad ele
O tont en tro-zro d'an aoter,
Hag ur vouez a laras evelse : 
Jeg, tostat a la loc'h anizer.

Arru eo ar c'houlz ma tilezfet
Ho korf paour hag e ankenio,
'Vit dont ganin-me d'ar joausted,
D'ar joausted 'zo en envo. 

A viz Kerzu an drizeg vet de,
'R bla c'houec'h kant tri ha hanter kant,
A rentas e ine da Zoue,
Peuc'h hag evruz evel ur sant.

E gorf a chomas 'vel fresk-beo
En tro pad oll daou ugent vla,
Ma tirede kristenien ar vro
Da bedi ha da 'nem westla. 

Ar gouarnour, o klevet ar vrud,
Arruas, hag hen divorc'hed,
Amgredig diwarben ar burzud,
E tigoras feulz an arched. 

"Zaleg mil welas ar c'horf santel,
'Koueas d'an douar 'vel maro;
An otro Doue d'imp o tiskwel,
Penaoz e zent a zifenno. 

Ken liez a vurzud a reas,
Ma oe lakaet hep dale,
Gant an Iliz etouez ar sent braz,
'Ro d'enori d'he bugale. 

Kouent oe savet gant e hano,
Enni menec'h Sant Beneat ;
'N o chapel miret e l'elego,
Gant tud santel enoret mad. 

Ama oa kemeret 'vit patrom,
Gan hon zud koz a bell-amzer ;
'Vit o zant karanteuz ha tom,
Vit o zad bugale dener. 

Koulz hag i ni fell d'imp-ni ive
Chom bepred stag ouzoc'h, Sant Jeg,
C'houi 'vidomp bedo 'n otro Doue,
Ha ni vo bepred anoudeg. 

Feuille volante datée de 1903
sur le site Kan.bzh

Troidigezh / Traduction

Cantique sur la vie de Saint Josse 
tel qu'il est chanté en Picardie

Dans notre compagnie
Chantons avec ardeur
La précieuse vie
De notre protecteur !
Saint Josse qui du monde
Foule aux pieds la grandeur
Et d'une paix profonde
Va chercher les douceurs

Il eut dès son enfance
Un naturel heureux :
L'éclat de sa naissance
N'éblouit point ses yeux ;
Dès sa tendre jeunesse
Règlant tous ses désirs
Il fait de la sagesse
Ses plus chastes désirs.

Par la mort de son père,
Le trône étant vacant,
Judichael, son frère,
Prend le gouvernement.
Le poids de la couronne
Le remplit de frayeur
A Josse, il l'abandonne
Pour suivre le Seigneur

Josse à cette nouvelle
S'enfuit sans hésiter :
A la voix qui l'appelle
Il ne peut résister.
Couronne périssable
Et pleine de dangers
Vous n'avez rien d'aimable,
Vos biens sont passagers !

Fuyant de la Bretagne
Le pouvoir souverain,
Il se met en campagne
En simple pélerin !
De l'humble modestie
Couvrant sa qualité,
Il ne se glorifie
Que de la pauvreté.

Il entre dans la France,
Il arrive à Paris :
Quel effet sa présence
Produit sur les esprits !
De ses vertus l'exemple
Méritera bientôt
Que l'on élève un temple
En son nom au Très-Haut.

Gouverneur de province,
Haymon racontez-nous
Comment ce jeune prince
Fut introduit chez vous.
Dites nous les merveilles
Qu'il cachait avec soin,
Ses travaux et ses veilles
Vous en fûtes témoin.

La sainteté de Josse
Le fit tant respecter
Qu'Haymon au sacerdoce
L'engage de monter !
Alors brulant de zèle
Pour la religion
Vit-on plus beau modèle
De la perfection ?

Affreuse solitude,
Bois, rochers du Ponthieu
Chez vous sa seule étude
Fut la loi de son Dieu ;
Dans ses saints exercices
Employant jour et nuit,
Il goutait les délices
Du coeur et de l'esprit.

Toujours dans sa retraite,
Par de nobles transports,
IL punit, il maltraite
Sévèrement son corps.
Chaque instant de sa vie
S'immolant au Seigneur,
Il devient une hostie
D'une agréable odeur.

L'orphelin misérable
Dans ses nécessités,
Vers le Saint charitable
Accourt de tous côtés.
Sa charité suprême
Ne sait se ménager ;
Il donne son pain même
Et n'a rien à manger.

Grand Dieu, la récompense
Qu'il reçoit de ta main
Lui rend en abondance
L'usure de ce pain :
Quatre barques chargées
D'aliments différents,
A sa porte arrivées,
Sont les dignes présents.

Que d'étonnants spectacles
Viennent frapper nos yeux !
Que d'insignes miracles
Il opére en tout lieux !
Il fait voir la lumière,
Il obtient pour Haymon
Une source d'eau claire
Et chasse le démon.

Une heureuse vieillesse
Ranime sa ferveur.
Ses voeux tendent sans cesse
A l'unir au Seigneur.
Il meurt et dans la gloire
Son âme va goûter
Le prix de la victoire
Qu'il a su remporter.

Grand Saint ! Dans nos misères
Viens à notre secours ;
Ecoute nos prières,
Protège nous toujours.
Fais que ta sainte vie
Excite dans nos coeurs
Une haine infinie
Des biens et des honneurs

Ancienne version du Cantique sur la vie de Saint Josse
Tiré de l'article Le cantique de Saint Josse, un saint breton dans le Ponthieu
par B.-H. Gausseron, Le Fureteur Breton. N°4 1906.

Gouzout Muioc’h / Pour aller plus loin

Kan.bzh : Gwers ann otro sant Jeg,
                  Gwerz an O. St Jeg, patron Yviaz
Gausseron (B.-H.), Le cantique de saint Josse, un saint breton dans le ponthieu, in Le Fureteur breton, N°4, avril-mai 1906
Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Saint_Josse

Le Bourdellès (Hubert), Tradition celtique dans la vita prima de Saint Josse, In Corona Monastica, P.U.R. Rennes, 2004
Association Saint Josse Europe : https://www.saint-josse-europe.eu/fr