Le Trésor du breton écrit Teñzor ar brezhoneg skrivet
Ce blog s'inscrit en complément de la Chronique Brezhoneg : trésor du breton écrit publiée dans Ouest-France dimanche. Vous y trouverez les textes intégrals et leurs traductions ainsi que des éléments de bibliographie et des liens internet pour en savoir plus. Amzer ar brezhoneg skrivet a ya eus ar bloaz 800 betek vremañ. Kavout a reoc'h amañ ar pennadoù en o hed hag o zroidigezh ha war an dro un tamm levrlennadurezh hag al liammoù internet da vont pelloc'h ganti ma peus c'hoant.

2020 : L’écrivaine russe Anna Mouradova récompensée par le Collier de l’Hermine

Née à Moscou, Anna Mouradova a complété ses études de linguistique à l’Université de Rennes 2. Elle a appris le breton et l’enseigne en Russie. Elle nous a donné des traductions de grands auteurs russes, puis un recueil de nouvelles en 1998 Un dornad kraoñ kelvez ( une poignée de noisettes), totalement ancrée dans l’histoire contemporaine de son pays.

An teñzor (le trésor), nous fait traverser le siècle dernier : Klevet em eus e teue va mamm-gozh e palez an Impalaer, hag ur wech he doa bet tro da zañsal gantañ. N’eo nemet pa oan dek vloaz e oa bet kontet an istor din. A-raok e veze gwelloc’h kuzhat seurt traoù (Ma grand-mère fréquentait le palais de l’Empereur et une fois elle a même dansé avec lui. C’est ce qu’on m’a raconté quand j’avais dix ans, mais c’était mieux de cacher ces choses-là ).

La Révolution de 1917 fait rentrer la famille dans une ère de pauvreté absolue : Ne veze ket lezet va zad kozh da gavout ul labour paeet mat (e di apotirerezh a zo bet kemeret digantañ evel just !), ne oa ket bet kaset pell d’ar reter , moarvat peogwir oa re zister e zoare ( On n’avait pas laissé mon grand-père prendre un travail bien payé – sa pharmacie avait été nationalisée- ; on ne l’avait pas exilé en Sibérie, sans doute parce qu’il était de basse condition).
Engagé dans la seconde guerre mondiale, il s’en tire miraculeusement mais revient avec des séquelles : Paour kaezh paotred, dav e oa dezho evañ ur banne a-benn disoñjal e oant o vont war-zu ar marv. A-raok ar brezel ne yae banne ebet gant va zad kozh, goude ar brezel e veze mezv-divezv dibaouez. (Pauvres gars qu’on saoulait pour oublier qu’ils allaient vers la mort. Avant guerre, mon grand-père ne buvait pas une goutte, après il ne dessaoulait plus).
Pour échapper à la grisaille, sa mère lui montre an teñzor, caché dans la cheminée : Traoù kizellet fin, bizoù ha kleierigoù skouarn a oa gant va mamm pa oa hi o tañsal gant an Impalaer…Hervez al lezenn e ranke an dud reiñ an holl draoù graet en aour, en arc’hant, d’ar stad. (Des bijoux et des boucles d’oreilles finement ciselés…selon la loi tout les objets en or et en argent devaient être donnés à l’État).

Mais, il fallait bien payer la vodka du grand-père… Je vous laisse deviner la suite. Anna Mouradova excelle dans la peinture de la société soviétique du XXème siècle. Ce souffle de l’Est qu’elle fait souffler sur la littérature bretonnante est un vrai bonheur.

Pennad orin / Texte original

An Teñzor

A-raok serriñ an nor evit ar wech diwezhañ, ez eas Mamm da gambr an tad kozh evit kemer an teñzor ha kas anezhañ gant an traoù all. Ur gador uhel oa bet kavet er gegin, bet lezet gant an amezeien. Pignat a reas va mamm war ar gador, tastornat ar siminal evit kavout ar vrikenn, tennañ anezhi er maez, furchal e-barzh an toull... Va doue beniget, soñj am eus evel pa vefe bet dec'h ! Setu va mamm o lakaat he dorn 'barzh an toull, ha goude he brec'h hag he skoaz... Furchal a rae, furchal a rae, morlivet he dremm. Furchal a reas un tammig c'hoazh, glas he dremm...

Un dornad kraoñ-kelvez, mouladurioù Hor Yezh, 1998, p 124.

Troidigezh / Traduction

Le trésor

Avant de fermer la porte pour la dernière fois, Mamm  alla dans la chambre du grand-père pour récupérer le trésor et l'amener dans le déménagement. Les voisins avaient laissé une chaise haute dans la cuisine. Ma mère grimpa sur la chaise, et â tâtons dans la cheminée elle cherchait la brique. Elle la retira et elle chercha dans le trou... Mon Dieu béni, j'y pense encore comme si c'était hier. Voilà ma mère qui met sa main dans la cavité, puis son bras, puis son épaule... Elle cherchait, fouillait sa tête sa tête devenait livide. Elle fouilla encore un peu, son teint était devenu blême ...

Éditions Hor yezh

Gouzout Muioc’h / Pour aller plus loin

Mouradova (Anna), Un dornad kraoñ-kelvez, emb. Hor Yezh, 1998, 154p
Mouradova (Anna), Kudennoù an treiñ diwar ar rusianeg, barn, Hor Yezh, 1999, 165p.
Gabriadze (Rezo) tr. Anna Mouradova, Koutaisi, Hor Yezh, 1994, 80p
Tendrâkov (Vladimir), Parania, tr Anna Mouradova, Hor Yezh, 1998, 118p.

Wikipedia : Anna Mouradeva
Agence Bretonne de presse (27 juillet 2020) : Interview d'Anna Mouradeva par Philippe Argouarc'h
Pensec (Erwan), 26 juillet 2018,  Rusia e Brezhoneg, quand la Russie se met à parler breton.,