Le Trésor du breton écrit Teñzor ar brezhoneg skrivet
Ce blog s'inscrit en complément de la Chronique Brezhoneg : trésor du breton écrit publiée dans Ouest-France dimanche. Vous y trouverez les textes intégrals et leurs traductions ainsi que des éléments de bibliographie et des liens internet pour en savoir plus. Amzer ar brezhoneg skrivet a ya eus ar bloaz 800 betek vremañ. Kavout a reoc'h amañ ar pennadoù en o hed hag o zroidigezh ha war an dro un tamm levrlennadurezh hag al liammoù internet da vont pelloc'h ganti ma peus c'hoant.

1841 : Le retour des soldats de Napoléon de l’enfer froid de Sibérie / Distro soudarded kozh Napoleon

C’est un épisode peu connu des campagnes de Napoléon que nous raconte Alexandre Ledan, le retour des prisonniers français de Russie suite au désastre de la Bérézina. Dans un texte de 4 pages sur feuille volante, l’auteur nous fait suivre la cruelle destinée d’un voltigeur alsacien, Jacques Mayer : Napoleon en em arretas dirak ur voltijer superb, hag a roas dezhañ en ur c’hoarzhin un taolig war e jod evel un tad mat ma oa : « En em welout a rimp… ». N’hen ankouas biskoazh (Napoléon s’arrêta devant un superbe voltigeur et lui tapota la joue comme un bon père qu’il était : « Nous nous reverrons… ». Il ne l’oubliera jamais).
L’empereur le conduisit en Russie avec l’insuccès qu’on connaît. Le voltigeur fut fait prisonnier lors du passage de la Berezina : « Va blesurioù, ar yenienn griz, ar mank eus a voued o devoa dismantret va holl nerzh hag e voe imposubl din mont pelloc’h. Kouezhañ a ris war an erc’h ha pa deuis ennon va unan e welis endro din Rusianed » (Mes blessures, le froid intense, le manque de nourriture avaient ruiné mes forces et je ne pouvais plus avancer. Je tombai dans la neige et je me reveillai entouré de Russes).
Jacques Mayer fut détenu en Sibérie dans des conditions épouvantables : E-pad 26 bloaz e voen esklav, loen brut un Aotrou Rus. Staget e oan ouzh an erer, konduet a daolioù foet d’al labourioù rustañ hag alies vil, kazi noaz-treid ka kazi diwisk ( Pendant 26 ans j’étais esclave, bête de somme pour un noble russe. J’étais attaché à la charrue, obligé à coups de fouets de faire les travaux les plus durs et les plus infâmes, quasiment nus-pieds et dévêtu).

A son retour, à Reichschoffen, personne ne le reconnaît : ar paour-kaezh a rae truez da welet ; e benn a oa moal, e varv gris, e figur dicharnet, e gorf paour, e zivrec’h hir hag e zaouarn askornek a seblante holl ouzh ur relegoù (Le pauvre faisait pitié à voir, il était chauve, décharné, les longs bras et ses mains osseux de son pauvre corps le faisaient ressembler à un squelette).

A. Ledan se mit dans la peau d’un des 1891 Bretons qui sont revenus de cet enfer froid pour écrire une complainte : Ar Frañs atav ken jenerus a deuy me zo sur d’am sikour, pa n’hellan ober neb labour  (La France toujours aussi généreuse viendra à mon secours quand je ne peux plus faire aucun travail). En fait d’aide, les vétérans encore vivant de Napoléon Ier recevront la médaille de Ste Hélène en 1858 ha mat pell zo ! (C’est tout).

Pennad orin / Texte original

Distro soudarded kozh Napoleon en o mamm-bro

Ar soudarded-se, eus a bere unan bennak devoa kuitaet ar Frañs e 1810, a voe graet prizonier e 1812, e pasaj ar Berezina, goude tangwall Moskou ; konduet e voent d'ar Siberi e pelec'h int chomet esklaved hed 27 bloaz. E-pad ar spas hir-se a amzer ez int bet brevet eus a-beb-seurt gouretamantoù : staget ouzh un erer ha traeted evel anevaled, heb dilhad en ur vro yen o soufr' peb seurt privasionoù hag hep rekoñpañs. Ar soudarded kozh-se o deus o blev ker gwenn evel an erc'h, hag o c'horfoù a zo evel goloet eus a c'houlioù enorabl. Ar Brovidañs divin deveus lakaet an termen d'o soufrañsoù, en ur rentañ anezho d'o vamm-bro. Emaint o paouez antreal en Frañs dre Strasbourg, an deg eus a viz even diwezhañ hag en em gavint hep dale en o familhoù...

Ouzhpenn 18000 den a Frañs a errue da saludiñ o mamm-bro : 500 eus al loar inferior, 530 eus a l'Il-ha-Vilain, 292 eus a Costes-an-Nord, 330 eus ar Morbihan, 239 eus ar Finistèr... Ar yaouankañ diouto en deveus 50 vloaz ; Bezañ ez eus eus a 70 vloaz.

Alexandre Ledan

 

Troidigezh / Traduction

Le retour au pays des anciens soldats de Napoléon.

Ces soldats, qui avaient quittés la France en 1810, furent fait prisonniers en 1812 lors du passage de la Berezina, après l'incendie de Moscou. Ils furent conduits en Sibérie où ils sont restés en esclavage pendant 27 ans. Pendant ce temps ils ont été exploitésdans des grands domaines : attachés à la charrue, traités comme des animaux, sans habit dans un pays froid. Ils ont soufferts de privations sans aucune compensation. Ces soldats ont des cheveux aussi blanc que la neige, et leurs corps est couverts de blessures honorables. La Providence divine a mis fin à leurs souffrances en les rendant à leur patrie. Ils viennent de rentrer en France par Strasbourg, le 10 juin dernier et ils retrouveront bientôt leurs familles. ...

Plus de 18 000 français retrouveront leur patrie : 500 de la Loire-Inférieure, 530 de l'Ille et Vilaine, 292 des Cotes-du-Nord, 330 du Morbihan, et 239 du Finistère. Les plus jeunes ont cinquante ans, certains ont 70 ans.

Alexandre Ledan

Gouzout Muioc’h / Pour aller plus loin

Ledan (Alexandre), Distro soudarded coz Napoleon en o mam-bro, in Kan.bzh
Ambert (Joachim), Essais en faveur de l'armée, Paris, 1839, pp149-157 (Chapître consacré à Jacques Meyer, qui a servi à Ledan)
Dastumedia : C'est dans la ville de Moscou

Baty (Régis)Les prisonniers oubliés de la campagne de Russie , Revue historique des armées, 267 | 2012, 51-59.
Brayard (Laurent), Un prisonnier français en Russie, Association S.H.E.R.I., 2015.
Houdecek (François), Le gouvernement de Louis XVIII et le retour des prisonniers de guerre français en Russie (1814-1816), Napoleonica. La Revue, vol. 21, no. 3, 2014, pp. 45-73.
Jost (Bertrand), Vicissitudes militaires, Grandeur et déchéance (1809-1815),
Marco de Saint-Hilaire (Émile), Histoire de la campagne de Russie pendant l'année 1812 et de la captivité des prisonniers français en Sibérie, Paris, éd. Lelivre chez vous, 2003.