Le Trésor du breton écrit Teñzor ar brezhoneg skrivet
Ce blog s'inscrit en complément de la Chronique Brezhoneg : trésor du breton écrit publiée dans Ouest-France dimanche. Vous y trouverez les textes intégrals et leurs traductions ainsi que des éléments de bibliographie et des liens internet pour en savoir plus. Amzer ar brezhoneg skrivet a ya eus ar bloaz 800 betek vremañ. Kavout a reoc'h amañ ar pennadoù en o hed hag o zroidigezh ha war an dro un tamm levrlennadurezh hag al liammoù internet da vont pelloc'h ganti ma peus c'hoant.

L’hermine (An erminig), symbole de la Bretagne depuis le XIIIème siècle

Le mot ermin et son diminutif erminig sont cités dans le premier dictionnaire breton, le Catholicon de 1499.  Il est traduit Armelin ou hermine. Armelin fait référence a l’ancienne appellation latine de l’hermine : mus armenius c’est à dire rat d’Arménie. Dès 1170 le roman de Renart parle de « bestes armelines » pour désigner les animaux à fourrures si prisés des grands de ce monde. C’est le duc Pierre de Dreux qui introduit l’hermine dans son blason en 1213. Ce n’est qu’en 1316 que le duc Jean III prend l’hermine comme symbole de la Bretagne : 
Mentell an duged ha par a zo feuret gant erminig (Les manteaux des ducs et des pairs étaient fourrés d’hermines) confirme Grégoire de Rostrenen dans son dictionnaire de 1732.

Le célèbre recueil de chants populaires, le Barzaz Breizh contient un chant « An erminig » qui raconte un épisode de la guerre de succession de Bretagne au XIVème siècle, entre Yann an Tarv ha Gwilhoù ar Bleiz. Jean le Taureau désigne le camp des Montfort alliés aux Anglais. John Bull (Jean le Taureau) était le surnom donné aux Anglais à l’époque. Le camp des Français est défendu par le parti de Blois traduit par (Bleiz = loup) d’où l’appellation Guillaume le loup..
Comme toute guerre civile l’impact est terrible : Prajoù o deus int tremenet, Poazhiñ ar geot i o deus graet ; parkoù ‘deus-int treuzet, na c’hreunioù na kerc’h nag ed (Dans les prés qu’ils ont traversés, ils ont tout brûlé, dévasté, là où ils sont passés ne pousse ni grain ni blé). Le chant prend partie pour les Montfort : Mar bevin fresk eo a glaskit, evit an deiz n’ho pezo ket, met kerniel hir lemmet d’ho tivouellañ mar kerit (Si vous cherchez la chair de boeuf, vous n’aurez rien seulement de longues cornes effilées pour vous embrocher). La population civile intervient dans le chant guerrier sous les traits de Katell an erminig (Catherine l’hermine) : Katellig fur, an Erminig a c’hoarzhe a-rez he zoullig : – Sell pegen soublik c’hoari Gwilhou penn-toullik (Catherine, l’hermine sage, riait sur le pas de son terrier : regarde comment recule sens dessus-dessous Guillaume le loup).
La symbolique de la pureté de l’hermine est lié à la célèbre légende : « Plutôt la mort que la souillure » devise d’Anne de Bretagne, reprise en breton par les Forces Françaises libres sur leur monument de Camaret : Kentoc’h mervel eget em saotrañ. C’est dans ce sens que le poète Narcisse Quellien prête ces paroles à Perinaig compagne bretonne de Jeanne d’Arc : Ar saozon a youc’he evel bleizi ; Gwenn an Erminig emezi, Dinamm evel sae an Erminig, On da Zoue chomet koantik ( Les Anglais hurlaient comme des loups ; L’hermine est pure leur dit elle, sans tâche comme sa robe, c’est pourquoi je suis l’amie de Dieu !)

Pennad orin / Texte original

AN ERMINIG
(Barzhaz Breizh)
Treuzskrivadur er skritur a-vremañ gant Christian Souchon

1. An delioù ' zigor en derv Kent evit digeriñ er faou (div wech) 'r Bleiz a c'hed an Tarv... - Osa, skes skes! Osa, skes skes!- 'r Bleiz a c'hed an Tarv: D'eus dek mervel a ray nav!
2. Yann an Tarv ha Gilhaou ar Bleiz A zo daou gilhen, war va feiz: Laou en aod zo ' c'hedal - Osa skes skes, osa skes skes!- Yannig o tont o neuial!
3. Mar bevin fresk eo a glaskit, Evit an deiz n'ho-pezo ket: Med kerniel hir ha lemmet, - Osa skes skes, osa skes skes!- D'ho tivouzellañ, mar karit!
4. Katellig fur, an erminig A c'hoarzhe a-rez he zoullig: "Sellit peger soublik - Osa skes skes, osa skes skes!- C'hoari Gwilhaou penn-toullig!"
5. Gwilhaou penn-toullik a c'hoari,
Paourik! war vegig kerniel kriz:
Me gave din oa gwell,
 - Osa, skes skes! Osa, skes skes!-
Gwell da zent 'ged e gerniel!

6. Yann ya d'an traoñ, Yann ya d'an nec'h!
"Ay-ta! dao! Gwilhaou, war e lerc'h!
Difrez vi evitañ,
 - Osa, skes skes! Osa, skes skes!-
Skuizh eo, kamm eo; te zo skañv!"
7. "Skuizhet awalc'h ema ganin; Bremaik eñ rezonin! - Ao, ao, Yann ar Saoz, tec'h! - Osa skes skes, osa skes skes!- 'Ma an diaoul braz war da lerc'h!"
8. Prajoù o-deus int tremenet, Poazhiñ ar geod o-deus graet; Parkoù 'deus int treuzet - Osa skes skes, osa skes skes!- Na c'hreunio na kerc'h na ed.
9. Na vrousto gwez el liorzhoù; Pikous ar bleuñv 'vel gant ar glav. "Me garfe, e gwirionez - Osa skes skes, osa skes skes!- Me garfe,e gwirionez, 'n em dagfent 'n eil egile!"
 

Troidigezh / Traduction

L'HERMINE
(Barzaz Breiz éd. 1845 et 1869)
Traduction Christian Souchon)

1.Voici que les feuilles du rouvre
Avant celles du hêtre s'ouvrent; (bis)
Loup, guette le taureau!
-Oh ça kiss kiss, oh ça kiss kiss!-
Loup guette le taureau!
Neuf sur dix mourront bientot!

2. Jean le Taureau, Guillot le Loup
Se rendent toujours coup pour coup! (bis)
Guillot sur le rivage
-Oh ça kiss kiss, Oh ça kiss kiss!-
Voit Jean qui vient à la nage!

3. "Si c'est de la chair de taureau,
Que vous cherchez, il est trop tot: (bis)
Des cornes bien fournies
-Oh ça kiss kiss, Oh ça kiss kiss!-
Dans votre panse, ça oui!"

4. Catherine l'hermine agite,
Le nez en riant dans son gite: (bis)
"Voyez l'élégance
-Oh ça kiss kiss, Oh ça kiss kiss!-
De ce Guillot quand il danse!"

5. Guillaume fait la cabriole
Hélas sur la pointe des cornes: (bis)
"Je croyais tes canines
-Oh ça kiss kiss, Oh ça kiss kiss!-
Pires que ses cornes fines"

6. Et Jean monte, et Jean redescend:
"Guillot, poursuis-le, maintenant! (bis)
Tu l'atteindras vite:
-Oh ça kiss kiss, Oh ça kiss kiss!-
Il boite et tu es si vif!"

7. "Désormais il est épuisé;
Et je m'en vais le massacrer! (bis)
-Jean l'Anglais, prends garde!
-Oh ça kiss kiss, Oh ça kiss kiss!-
A tes trousses est le grand diable!"

8. Dans les prés qu'ils ont traversés,
Ils ont tout brûlé, dévasté: (bis)
Là où ils sont passés
-Oh ça kiss kiss, Oh ça kiss kis!-
Ne pousse ni grain ni blé.

9. Sur nos arbres plus de bourgeons,
Dans nos vergers plus un bouton. (bis)
Ah, mon Dieu, s'ils pouvaient
-Oh ça kiss kiss, Oh ça kiss kiss!-
Ah, mon Dieu, s'ils pouvaient
L'un l'autre s'entre-tuer!

Trad. Ch.Souchon (c)2003

Gouzout Muioc’h / Pour aller plus loin

E brezhoneg

An erminig (L'hermine), chant populaire tiré du Barzaz Breizh, emb. 1845 & 1869.
An Erminig, in Christian Souchon,, Les mystères du Barzhaz Breizh, tome 3, p.201.
Perinaig, gwerz gant Narcisse Quellien. (Gallica)
An Erminig gant Andreu Mellag, in Dihunamb 01/01/1925 (Gallica)

Histoire de l'Hermine

La légende de L'hermine (Mieux vaut la mort que la souillure), in L'éducation catholique, N°1, 1888. (Gallica)
Héraldique : Hermine par Geoffoy Le Sec (vers 1650). (Gallica)

English

An erminig (The Stoat), Translated from Barzaz Breiz (1845) by Christian Souchon