1976 : E koun Yann-kêl Kernalegenn
Triste anniversaire que ce 29 septembre 2026. Yann-kêl Kernalegenn perdait la vie sur les pentes de Ti-Voujeret en Dineault, dans une action du FLB contre l’implantion du camp militaire. Il nous a laissé quelques écrits en breton qui ont été publié à l’époque par l’associationk Komz hag arz breizhek (Paroles et art breton) qui permettent de suivre son cheminement militant.
Deomp pelloc’h d’an aer fresk, d’ar mor ec’hon, d’an dud difeson, Traoù nevez ha bras !! Buhez mar plij !!! ( Partons chercher l’air frais, le grand large, loin des gens apathiques. Du neuf, du grand !! De la vrai vie s’il vous plaît !!!). Cet hymne à la vie trouvé dans ses papiers doit se comprendre dans le formidable réveil breton des années 1970. Kousk a ra Arzhur ha n’eo ket deuet da zihuniñ e bobl ( Le roi Artur dort et il n’est pas venu reveiller son peuple) écrit il plus loin.
Néo-bretonnant, notre Yann-kêl s’investit dans un premier temps dans la valorisation de la langue dans le mouvement Skol an Emsav ( École du mouvement breton) : Ret eo d’ar gelennerien mont da zeskiñ ar yezh emaint o kelenn el lec’hioù a vez kaozeet. Pouezus eo ar c’hampoù war ar maez e Breizh-Izel, kentelioù diwar-benn ar rannyezhoù ( Les professeurs doivent apprendre le parler de leur secteur : les stages à la campagne et l’étude des dialectes sont très importants). Mais rentré dans le monde du travail dès 20 ans, il s’engage à la CFDT et appelle à un combat plus large que celui pour la langue bretonne : Hor stourm a dle bezañ lod deus ar stourm hollekoc’h a zo e bal dieubiñ al labourer breton (Notre combat doit faire partie d’une lutte plus globale qui doit viser à libérer le travailleur breton).
Le passage par le service militaire de 12 mois en Champagne radicalise sa position : Benn ar fin en em sante ar Vretoned lakaet a-gostez : chom a raent pell, ne c’hellemp ket mont e permision ken alies hag ar re all. Na pet gwech meus bet klevet digant Bretoned – Gallaoued vat a-raok dont d’an Arme- : « Ni zo aet skuizh gant hoc’h arme, n’omp ket Gallaoued, Bretoned omp, n’hon eus netra d’ober amañ, evit difenn piv omp amañ ? » ( A la fin les Bretons se sentaient mis à part. Ils étaient loin de chez eux, ils ne pouvaient pas rentrer en permission comme les autres,. Combien de fois n’ais je pas entendu de la bouche des Bretons pourtant de bons français avant l’armée : « Nous sommes fatigués de votre armée, nous ne sommes pas Français mais Bretons, nous n’avons rien à faire ici, nous défendons qui, ici ?)
Ce ressentiment contre l’armée sera exacerbé par la mort d’un camarade de chambrée écrasé par un tank, ce dramatique accident le fera écrire une nouvelle qui raconte une insurrection de soldats : Goulenn a reomp justiz, ur vuhez seven, ha n’omp ket hon unan. Manifestadegoù ‘ zo e pep lec’h, soudarded e-gizdomp a sav a-enep galloud direizh an nebeut istrogelled gouez a ren warnomp. ( Nous demandons justice, une vie tranquille, et nous ne sommes pas seuls. Partout il y a des manifestations, des soldats comme nous qui se lèvent contre le pouvoir incensé des idiots sauvages qui nous commandent).
Libéré des obligations militaires, il n’est pas étonnant donc qu’il se soit dressé contre l’établissement d’une nouvelle caserne à Dinéault. Voyant le peu de cas qu’on faisait du refus des maires et de la population locale, il passa à l’action clandestine qui lui fut fatale.

Pennad orin / Texte original
Bevañ
Bevañ a fell din
Sellout ouzh ar stered
O sterediñ
Lammat ha daoulammat
Er parkeier, er foenneier
Redek ar-lerc'h an nadozioù-aer
Splujan en dour, er gwin
E gouin ar merc'hed
En em vezvin gant
Ur re gorfad buhez
Ma zo tu -turlututu chapo pointu-
Da gaout re eus ar vuhez e.e...?
Ha goude-se flastrañ, mastarañ, muntrañ, raskañ,
Skarzhañ an archerien, ar vourc'hizien, ar veleien,
Ar ouizieien, ar re vrein.
Ha tarzhañ o strakal en tanflamm
Skridoù, emb. Komz hag arz breizhek, 1977.
Troidigezh / Traduction
VIVRE
Je veux vivre
Regarder briller
Les étoiles.
Sauter et gambader
Dans les champs, dans les prés
Courir après les libellules
Plonger dans l'eau, dans le vin
Dans l'intimité des femmes
M'enivrer d'une
Biture de vie
Et si possible - turlututu-chapeau-pointu-
Jusqu'a satiété -é-é...?
Et ensuite écraser, souiller, détruire, racler
Virer les gendarmes, les bourgeois, les prêtres
Les savants, les pourris.
et exploser en craquant dans le brasier.
Gouzout Muioc’h / Pour aller plus loin
Yann-Kel Kernalegen, Skridoù, Komz hag arz breizhek, 1977 Lenn en linenn
