Le Trésor du breton écrit Teñzor ar brezhoneg skrivet
Ce blog s'inscrit en complément de la Chronique Brezhoneg : trésor du breton écrit publiée dans Ouest-France dimanche. Vous y trouverez les textes intégrals et leurs traductions ainsi que des éléments de bibliographie et des liens internet pour en savoir plus. Amzer ar brezhoneg skrivet a ya eus ar bloaz 800 betek vremañ. Kavout a reoc'h amañ ar pennadoù en o hed hag o zroidigezh ha war an dro un tamm levrlennadurezh hag al liammoù internet da vont pelloc'h ganti ma peus c'hoant.

2020 : Les mots bretons du confinement

Si vous levez bien vos oreilles vous n’entendrez dans nos médias francophone qu’une seule façon de décrire notre triste sort : « confinement ». Le dictionnaire des synonymes ne nous donnent que trois mots approchants : cantonnement, isolement et quarantaine qui n’ont pas tout à fait le même sens. Nos bretonnants ont plus de chance, la langue propose un bouquet d’expressions et de mots tous plus fleuris les uns que les autres.

Commençons par le très bien vu kroufet proposé par Herve Lossec dans Le Télegramme et sur le site de Paris Breizh Media : « Terme bien connu des nombreux joueurs de dominos, jeu emblématique du Léon, kroufet s’emploie lorsqu’en cours de partie un pion (un double) ne peut plus être joué, donc sortir). Me zo kroufet (Je suis dans l’incapacité de sortir un domino) ».
Dans sa chronique dans hebdomadaire « Ya » Job an Hirien emploie le mot kraouiet : Kraouiet omp bet, ’vel ar yer a vez kaset d’o c’hlud da dremen an noz (Nous avons été mis en crêche comme les poules qu’on rentre sur leurs perchoirs pour la nuit ».

Un lecteur a lui un faible pour kufunañ couvrir le feu, qui vient du français confiner tout comme kefinet que nous propose Ofis ar brezhoneg ou encore kenfinet qui semble être adopté par la blogosphère.

Dans les dictionnaires Bretons on n’a que l’embarras du choix : L’office de la langue bretonne nous donne enkaeañ : le mot kae désigne une haie vive qui enclos un champ. Dans le même registre notre vénérable Catholicon, le premier dictionnaire FLB (Français, Latin Breton) qui date de 1499, nous propose kloz qui désigne une parcelle entourée de talus. Mot qui plait beaucoup aux promoteurs immobiliers dans sa forme française « clos ». Klozadur, Emglozadur pourrait convenir pour « confinement ».
Au XVIIIème siècle Grégoire de Rostrenen nous parle déjà de confinement au bout du bout du Royaume : « kognet eo e penn pellañ ar rouantelezh ». Il emploie le mot kognet (mis au coin).

Le Gonidec au XIXème siècle n’est pas avare d’expression non plus, il propose trois mots au choix : Kas (expedier), Kogn (Envoyer au Coin), Harlu (Envoyer en exil) Kas en ul lec’h distro (Envoyer dans un lieu retiré).Visionnaire, il avait déjà prévu la migration des Parisiens vers l’eldorado breton « En em dennañ en un enezenn » (Se retirer volontairement dans une île).

C’est d’ailleurs dans l’île de Groix qu’on a recueilli mon mot favori : « Zamid » qui est traduit par « pacage mesuré au bétail par une attache », jolie façon de présenter notre espace réduit, même champêtre.
Martial Ménard, qui connaissait la chanson n’a pas manqué de nous suggérer « bac’hañ » soit enfermer, terme repris par Radio Kerne et Radio Naoned dans une émissionBac’het en ti (confiné à la maison).Dansle dictionnaire en ligne Devri, il nous a aussi collecté dans un dictionnaire du XVIIIème siècle, un très beau mot vannetais : Inchajet dans l’expression « Tud yaouank veze bet inchajet durant ur sizhun » (Les jeunes ont été confiné pendant une semaine). Je soupçonne le mot d’être une déformation du français encagé, ce qui n’est pas faux non plus. Martial nous donne aussi cette belle expression a partir du mot klenk (ramassé dans un endroit réduit) : « Lakaat e-lec’h ma vo klenk warnañ » (le mettre là ou il sera bien remisé). 

Quant à Francis Favereau, il nous a trouvé dans le Trégor le mot amaer. Il qualifie un bas-fond, un champ mal aéré, un espace à l’air  confiné, littéralement am-aer (sans air), ce qui convient très bien au covid 19 qui s’attaque comme on sait à nos poumons.

Pennad orin / Texte original

Troidigezh / Traduction

Gouzout Muioc’h / Pour aller plus loin

Les dictionnaires français-breton en ligne :

Julien Maunoir : DICTIONNAIRE FRANCOIS BRETON ARMORIQUE (1659)
Louis Le Pelletier : DICTIONNAIRE DE LA LANGUE BRETONNE (1716)
Gregoire de Rostrenen : DICTIONNAIRE FRANCOIS CELTIQUE (1732)
Claude-Vincent Cillart : DICTIONNAIRE FRANCOIS-BRETON du dialecte de Vannes (1744)
Jean-François Le Gonidec : DICTIONNAIRE FRANCAIS-BRETON (1850)
Amable-Emmanuel Troude : NOUVEAU DICTIONNAIRE PRATIQUE FRANCAIS &BRETON du dialecte de Léon (1869)
Francis Favereau : GRAND DICTIONNAIRE BILINGUE (2016)
Office Public de la langue bretonne : TERMOFIS (2020) 

Les dictionnaires breton-français en ligne :
Jehan Lagadeuc : LE CATHOLICON (1499)
Pierre de Chalons : DICTIONNAIRE BRETON-FRANCAIS    du dialecte de Vannes(1723)
Jean-François Le Gonidec : DICTIONNAIRE CELTO-BRETON  (1821)
Amable-Emmanuel Troude : NOUVEAU DICTIONNAIRE BRETON-FRANCAIS du dialecte du Léon (1876)
Francis Favereau : GERIADUR BRAS (2016)
Martial Menard : DEVRI  DICTIONNAIRE DIACHRONIQUE DU BRETON (2017)
Ofis Publik ar Brezhoneg : MEURGORF DICTIONNAIRE HISTORIQUE DU BRETON (2020)