Le Trésor du breton écrit Teñzor ar brezhoneg skrivet
Ce blog s'inscrit en complément de la Chronique Brezhoneg : trésor du breton écrit publiée dans Ouest-France dimanche. Vous y trouverez les textes intégrals et leurs traductions ainsi que des éléments de bibliographie et des liens internet pour en savoir plus. Amzer ar brezhoneg skrivet a ya eus ar bloaz 800 betek vremañ. Kavout a reoc'h amañ ar pennadoù en o hed hag o zroidigezh ha war an dro un tamm levrlennadurezh hag al liammoù internet da vont pelloc'h ganti ma peus c'hoant.

1836 : Traduction en breton des Fables de la Fontaine par Pierre de Goësbriand

Comme beaucoup de nobles de l’époque, Pierre de Goësbriand de St Urbain, se prit de passion pour la langue de ses paysans. Il leur tradusit les Fables de la Fontaine : « La langue bretonne est si forte d’expression… le tour d’esprit de nos cultivateurs se prête si naturellement aux images, aux comparaisons, à l’allégorie que j’ai cru possible de mettre à leur portée quelques-unes des leçons simples, naïves et sprirituelles du bon Lafontaine ».

Ar glesker hag an ejen (Le bœuf et la grenouille), Ar razh kêr hag ar razh diwar ar maez (Le rat des villes et le rat des champs), Ar bleiz hag an oan (Le loup et l’agneau), An durzhunell hag ar verienenn (La tourterelle et la fourmi), Ar pod-houarn hag ar pod pri (Le pot de fer et le pot de terre), Ar gelienenn hag ar c’harr (La mouche du coche), Perrina hag he fodad laezh (Perrine et le pot au lait), An anevaled klañv gant ar vosenn (Les animaux malades de la peste), 21 fables de La Fontaine sont présentes dans cet ouvrage de 32 pages.
L’auteur se défend d’utiliser un breton classique et pur pour privilégier un breton populaire où il s’est efforcé d’employer le moins possible de mots d’origine française : Ur c’haezh fagoder kozh krommet dindan an oad, Tortet c’hoazh gant ur bec’h keuneud troc’het er c’hoad, A gammedoù munut, dibarfed ha stroñsus, En em stleje war-zu e lochig mogedus (Un pauvre bûcheron, tout couvert de ramée, Sous le faix du fagot aussi bien que des ans, Gémissant et courbé, marchait à pas pesants, Et tâchait de gagner sa chaumine enfumée).
Cette traduction est un vrai bonheur, ainsi Le Chêne et le Roseau : Setu o tont a-benn herr, Terruplanñ map, pounneran barr-amzer, a oa ganet biskoazh e korn ar gwalarn-ster. Ar wezenn derv a harpas krenn, ar gorzenn a blegas he fenn. An avel a bouezh muioc’h-mui, Kement ha ma tisplantas an hini a behini ar beg a tize ouzh al loar hag a blante e lost e kalon an douar ( Du bout de l’horizon accourt avec furie, le plus terrible des enfants que le Nord eût porté jusque-là dans ses flancs. L’arbre tient bon ; le roseau plie. Le vent redouble ses efforts et fait si bien qu’il déracine celui de qui la tête au ciel était voisine, et dont les pieds touchaient à l’empire des morts.)
La Fontaine inspira nombre de traducteurs bretonnants qui chacun dans son breton en sut donner un parfum différent.

Liste à retrouver plus bas…

Pennad orin / Texte original

Perina hag he fodad laezh

Perina, gant ur podad laezh
            Klok war he fenn, torchennet aes,
A venne erruout difazi e kêr
            O vezañ gwisket lostenn-verr,
            ’Vit bezañ skañv, ha botoù plad,
      Ha, laset start, e kerzhe d’an tizh-vat.
            En dailh-mañ, ar paotrez kaezh,
      Dre ma kerzhe, a gonte priz al laezh :
Gant an arc’hant e pren, nebaon, ur c’hant vioù,
A sav, evit an hañv, daou, tri rumm torradoù :
            Me ’digoro va daoulagad,
            Dre-se e teuint holl da vat ;
      Ouzhpenn zo, du-mañ n’eo ket diaes
      Sevel laboused, tost d’an tiez,
            Hag Alanig, daoust d’e skiant,
            A lezo a-walc’h ganin-me
            Evit prenañ, gant o arc’hant,
            Un oc’h ebreleg a-zoare.
            Me her choazo aes da vagañ,
            Ha pa deuio koulz her gwerzhañ,
            An eur em bo (petra ’virfe ?)
               Da gaout ur vuoc’h hag he leue.
            Na pebezh joa pa ho gwelin
      Gant ar re all, er foenneg o vreskiñ ! 
War ar ger-mañ, dre joa ar plac’h a r[e]as ul lamm ;
Laezh, porc’hell, laboused, hag al leue hag e vamm,
               Skuilhet ha bruzunet tout,
            A y[e]as asambles en o roud.
            Ar perc’henn gant huanadoù
            A lez eno he holl madoù
Hag a ya war he c’hiz da gaout he gwaz d’an ti,
      D’en em iskuz ; met riskl zo eviti,
            War a glevan, ha dañjer bras
            N’en defe tapet fest ar vazh.

Troidigezh / Traduction

La Laitière et le Pot au lait

Jean de La Fontaine

Perrette sur sa tête ayant un Pot au lait
Bien posé sur un coussinet,
Prétendait arriver sans encombre à la ville.
Légère et court vêtue elle allait à grands pas ;
Ayant mis ce jour-là, pour être plus agile,
Cotillon simple, et souliers plats.
Notre laitière ainsi troussée
Comptait déjà dans sa pensée
Tout le prix de son lait, en employait l’argent,
Achetait un cent d’oeufs, faisait triple couvée ;
La chose allait à bien par son soin diligent.
Il m’est, disait-elle, facile,
D’élever des poulets autour de ma maison :
Le Renard sera bien habile,
S’il ne m’en laisse assez pour avoir un cochon.
Le porc à s’engraisser coûtera peu de son ;
Il était quand je l’eus de grosseur raisonnable :
J’aurai le revendant de l’argent bel et bon.
Et qui m’empêchera de mettre en notre étable,
Vu le prix dont il est, une vache et son veau,
Que je verrai sauter au milieu du troupeau ?
Perrette là-dessus saute aussi, transportée.
Le lait tombe ; adieu veau, vache, cochon, couvée ;
La dame de ces biens, quittant d’un oeil marri
Sa fortune ainsi répandue,
Va s’excuser à son mari
En grand danger d’être battue.
Le récit en farce en fut fait ;
On l’appela le Pot au lait.

Quel esprit ne bat la campagne ?
Qui ne fait châteaux en Espagne ?
Picrochole, Pyrrhus, la Laitière, enfin tous,
Autant les sages que les fous ?
Chacun songe en veillant, il n’est rien de plus doux :
Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes :
Tout le bien du monde est à nous,
Tous les honneurs, toutes les femmes.
Quand je suis seul, je fais au plus brave un défi ;
Je m’écarte, je vais détrôner le Sophi ;
On m’élit roi, mon peuple m’aime ;
Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant :
Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même ;
Je suis gros Jean comme devant.

Tiré du site Poetica.fr

Gouzout Muioc’h / Pour aller plus loin

Embannadurioù diglok Fablennoù La Fontaine / éditions partielles des Fables de La fontaine en breton

Goësbriand (Pierre-Désiré de), Fables choisies de La Fontaine, traduites en vers bretons, Morlaix, 1836, 32p.
(édition en orthographe contemporaine sur Daskor, le site de la littérature bretonne)
Abgrall (Joseph-Marie), Fablennou La Fontaine laqueet e brezonec, manuscrit de 6564 vers (in Raoul, Geriadur are skrivagnerien, P.16.)
Combeau (Joseph), Mojennou La Fontaine, trôet e brezounek,
Milin (Gabriel), Fablennou La Fontaine, Brest Lefournier, 1868.
Conq (Augustin)(Paotr Treoure), Barzaz ha soniou, Brest.
Ernault (Emile), Mojennou brezonnek, koz ha neve, troidigez c'hallek, St Brieuc, ed. Prudhomme, 1937.

Embannadur klok La Fontaine / édition complète des Fables de la Fontaine
Combeau (Louis Yves Marie) & Doujet (Daniel), Fablennoù Jean de La Fontaine, Al Lanv 2005, 560p.

War follennoù-nij (Sur feuilles volantes)
Ledan (Alexandre), Ar vran hac al louarn, 1848. in Kan.bzh.
Tanguy (Yves), Ar malvran hag al louarn, Ar Malvran venjet, Al louarn castizet, 1846, in Kan.bzh
Tanguy (Yves), Dihun ar paotr-koz Lafontainn, pp5&6, in Kan.bzh
Perrot (Jacques), Ar vran hag al louarn, 1917, in Kroaz ar Vretoned
Prat (Klaoda ar), Kanaouen ar vran, St Brieuc, in Kan.bzh
X, Ar vran hac al louarn, in Kan.bzh
X, Al leon, ar bleiz hag al louarn, in Kan.bzh

Studiadennoù / études/ Study

Berthou-Becam (Laurence), Enquête officielle sur les Poésies populaires de la France (1852-1876) - Collectes de langue bretonne, 1998. Thèse, Kan.bzh